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27/10/2006

Le monde de Ségolène (5ème chapitre - 02)

Voilà plus de dix ans que Bernard Bellec se donne corps et âme pour cette ville qui, pourtant, ne l’aime pas. Il est né le 8 mai 1934 à Hayange, en Lorraine. Son père est mineur, puis sidérurgiste. Pendant ses vacances, le jeune Bernard travaille à l’usine, ou comme garçon de café ou encore comme terrassier. Mais son père veut qu’il soit instituteur. Il entre ainsi à l’école normale de Metz, milite tout naturellement au SNI, le puissant syndicat des instituteurs, puis adhère à la SFIO. Mobilisé, il fait ses classes à Saint-Maixent et en sort aspirant en 1955. Il est versé au 2ème bureau de l’Etat-Major de Constantine où il est grièvement blessé en 1956 au cours d’une embuscade. On annonce à sa famille : " Fils décédé. " Il survit et est décoré de la légion d’honneur en 1958. Instituteur à Hayange, il épouse une institutrice de Moselle. La MAIF recherche un cadre. Il se présente, est accepté. Il quitte la Moselle et débarque à Niort en 1959. Il est d’abord chef de division, puis secrétaire général en 1968, directeur adjoint en 1974 et directeur délégué en 1982. Il organise le transfert de la mutuelle à Noron, un quartier périphérique de Niort et préside Inter Mutuelles Assistance. En 1971 il est élu sur la liste de René Gaillard qui se présente pour la première fois. A la mort de René Gaillard en décembre 1985, il est le 4ème adjoint chargé de l’urbanisme et de l’aménagement, et à ce titre responsable de l’informatisation de la ville et de l’installation du câble.

Mais qui l’a fait maire ? Les circonstances, d’abord. René Gaillard, très malade, et difficilement opérable, n’a tenu informé aucun de ses adjoints de ses graves problèmes de santé. Seul Alain Page, le médecin cardiologue qui le suit, et qui est aussi conseiller socialiste, sait. Rien n’est donc prévu en cas de coup dur. Le choix de Bernard Bellec pour lui succéder est pourtant (ou peut-être à cause de cela) quasi immédiat. Dans d’autres circonstances, Gaillard en aurait-il fait son dauphin ? " Je n’en veux pas. De toute façon il ne sera jamais élu ", a-t-il confié à l’un de ses intimes. Gaillard aurait-il émis de sérieux doutes sur les capacités de Bernard Bellec à manager l’équipe municipale ? Niort nécessite en effet à la fois du doigté et de la fermeté. D’abord parce que le PS a absolument besoin d’alliés (communistes, radicaux de gauche) pour l’emporter ; ensuite parce qu’il faut tenir tout ce petit monde, et en premier lieu le PS où les courants ferraillent. Ces deux qualités sont obligatoires dans cette ville où la droite, bon an mal an, peut faire entre 40% à 45% des voix. En fait, il suffirait de pas grand chose, par exemple une crise à gauche, et une droite entreprenante, pour que la ville bascule à droite. Gaillard est bien placé pour le savoir. En 1971, il a été élu avec seulement 400 voix d’avance.

Bellec aurait par ailleurs reçu le soutien de la veuve de René Gaillard. Un retour à l’envoyeur en quelque sorte pour service rendu ? N’a-t-on pas dit que lorsqu’il avait fallu départager en 1971, Raoul Auzanneau, le dauphin de l’ancien maire, de René Gaillard, c’était Bernard Bellec qui avait fait pencher la balance en faveur du second ? Pourtant les rapports entre les deux hommes n’étaient pas à la fin exactement au beau fixe. Quelques mois avant sa mort, René Gaillard avait été mis en minorité par Bernard Bellec à propos du choix des candidats aux législatives de 1986.

Quoiqu’il en soit le consensus se fait sur son nom. Mais avec Bernard Bellec rien n’est simple. Sa première réaction est de refuser. A-t-il voulu se faire prier ? Ou bien faut-il mettre ça sur le compte de sa sensibilité exacerbée - la mort de René l’a profondément touchée. On désigne alors André Clert, le fidèle 1er adjoint de Gaillard. Puis on se reprend. Deux conseillers, Roger Rougeau et Alain Page, sont désignés pour faire le tour des élus socialistes pour qu’ils modifient leur vote une nouvelle fois en faveur de Bellec. Cette fois-ci, il accepte. Quelques jours plus tard, il annonce la couleur :  " Je ne serai pas un maire de transition. " La Nouvelle République en conclut que " Bernard Bellec, homme de réflexion et d’action, est l’homme de la situation. "

Les premiers temps, tout se passe apparemment bien. Première alerte cependant au moment de la désignation du candidat aux législatives de 1986. Bernard Bellec propose un temps à Alain Page le poste qui revient à André Clert. Mais Alain Page décline la proposition. La première vraie crise éclate deux ans plus tard. L’initiative en revient à trois conseillers marginalisés par les changements intervenus à la tête de la mairie. Il s’agit de Maurice Grolleau (PS), Jacques Laroche (Radical de gauche) et Roger Sicaire (proche du PC). Curieux attelage. C’est un micro-courant sans réelle cohésion politique, hostile surtout au rythme imposé par la nouvelle direction. Leur opposition, déjà plus ou moins sourde sous Gaillard (Jacques Laroche, qui a été l’un des adjoints de Gaillard de 1977 à 1983 a été relégué simple conseiller en 1983), devient ouverte à partir de la fin de l’année 1988. Dès lors ils prendront systématiquement le contre-pied de toutes les initiatives du maire et voteront contre tous ses projets.

C’est une première faille dans le dispositif de la majorité municipale, et un premier constat : Bernard Bellec ne tient pas ses troupes aussi bien que René Gaillard. Second constat, ses rapports avec ses administrés sont plus distants. " Bernard Bellec n’a pas toujours le sourire et la poignée de main facile ", se permet d’écrire La Nouvelle République. En somme tout le contraire de René Gaillard. Une page se tourne. Nouvel accrochage avec André Clert qui choisit l’une des deux filles de René Gaillard, Françoise, l’ingénieur, comme suppléante pour les législatives de juin 1988 ; Bellec n’en veut pas. Finalement, Clert finit par obtenir, non sans mal, ce qu’il a voulu. Le " brave " docteur Clert commence à s’interroger sur les intentions du nouveau maire. Pour lui, s’en prendre à la fille de Gaillard, c’est en quelque sorte viser le père. Mais pour quelles raisons ? Pourtant, l’échéance des municipales de mars 1989 approchant, c’est vers une autre fille de Gaillard, Geneviève, la vétérinaire, que Bellec se tourne pour renforcer l’équipe municipale, et très certainement rappeler à l’électeur niortais que Bernard Bellec poursuit l’œuvre de son prédécesseur. Pour tâter le terrain il envoie son 1er adjoint Jean-Paul Fredon, un autre " baron " du conseil municipal. Geneviève Perrin-Gaillard accepte.

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