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25/10/2006

Le monde de Ségolène (4ème chapitre - 04)

Etrangement, ceux qui ferraillent depuis des mois contre le tracé dans Saint-Liguaire, et qui ont toujours tenu le Président comme le principal responsable de ce " crime ", n’étaient pas là. Tout juste a-t-on pu remarqué une vingtaine de manifestants, des écologistes du Marais, venu réclamer que l'autoroute Nantes-Bordeaux ne vienne pas, justement, écorner ce lieu que le Président apprécie tant. Va-t-on finir par se lasser à Niort de ce feuilleton à rebondissement qui dure déjà depuis quatre ans ?

C’est donc dans climat localement plus apaisé qu’arrivent ces deux scrutins dont on attend avec impatience les résultats pour évaluer les chances de la gauche aux prochaines législatives de 1993. C’est dispersée que la gauche se présente aux régionales. Ségolène Royal a finalement obtenu la tête de liste PS. Elle est suivi de Michel Hervé (rocardien), de Jean-Paul Fredon (fabiusien) et de Jacques Vandier, le président de la MACIF. Elle n’obtient que 27,96 % des voix (4 sièges) contre 36,24 % (5 sièges) pour l’UDF dont la tête de liste est André Dulait. Avec 10,68 % (1 siège), les Verts font la percée annoncée. Ségolène Royal n’a donc pas réussi à mordre sur cet électorat montant. Aux cantonales, c’est encore pire. Elle ne bat le candidat de droite sortant que de 63 voix, alors qu’un Vert, Jean Beaudoin enlève, un peu contre toute attente, à Claude Roulleau, le président inamovible du Conseil économique et social de la région, un proche de Raffarin, le canton de Prahec. Décidément, autant d’efforts pour d’aussi piètres résultats.

Sa récompense, Ségolène Royal l’aura pourtant. Le 2 avril 1992, elle est nommée ministre de l’Environnement. Elle le doit certainement pour partie à la reconnaissance de son travail dans les Deux-Sèvres par le Président, mais aussi pour beaucoup aux circonstances. Car il n’était certainement pas dans les plans du Président de changer de 1er ministre aussi vite. Mais Edith Cresson est partie, et Pierre Bérégovoy a besoin de trouver un remplaçant à Brice Lalonde qui ne peut plus servir. Alors pourquoi pas cette jeune femme qui bataille dans l’adversité, là où bien d’autres auraient depuis longtemps abandonné ? Et puis ils ne sont pas légion au PS à se préoccuper d’environnement. Elle fera l’affaire.

Dans l’immédiat, cette promotion ne change rien pour l’autoroute car l’Etat donne cette fois bien l’impression de vouloir aller jusqu’au terme de son projet. Comme le souligne le préfet Bernard Coquet, les déclarations du maire de la Crèche qui milite depuis quelque temps déjà pour relancer le tracé nord " peuvent donner l’impression qu’il y a des hésitations en haut lieu. Il n’en est rien… Le choix de l’Etat est clair. " D’ailleurs l’enquête publique du contournement de Niort interviendra en même temps que celle de l’autoroute, en septembre. La détermination de l’Etat ne fait pourtant pas reculer les partisans du nord. En juin, le comité de soutien du tracé nord organise sa première assemblée générale à la Crèche. Parmi les adhérents, Michel Hervé, le maire de Parthenay, Léopold Moreau, le maire de Saint-Maixent, le député Jean de Gaulle, Pierre Billard, vice-président du conseil régional et du conseil général, les sénateurs Georges Treille et Jacques Fouchier, ainsi que Gérard Quéveau, conseiller régional et patron d’Heuliez, la plus importante entreprise des Deux-Sèvres. Au total le comité regroupe 2.000 adhérents, près d’un tiers des communes du département et 550 entreprises. Cette relance a son effet secondaire immédiat. A François, l’une des communes qui se trouve sur ce tracé, c’est la réactivation de l’association de défense contre les tracés nord. Et tandis que du côté de la Vendée et de la Loire-Atlantique on fulmine (" Deux ans de perdus ", proteste Philippe de Villiers), les Verts tout auréolés de leur percée électorale, tentent l’impossible : fédérer tous les opposants à l’autoroute.

A la mi novembre, alors que se termine l’enquête d’utilité publique, force est de constater que la plus grande confusion règne désormais dans les esprits, car rares ceux parmi les élus qui n’ont pas changé d’avis au moins une fois. Le revirement de Janine Lucas en est une bonne illustration. La conseillère générale qui vient d’être brillamment réélue dans son canton de Niort-Ouest (elle est aussi conseillère municipale à Niort) a été pour le sud dès le début. Opposante farouche au tracé par Saint-Liguaire, elle milite aujourd’hui pour le nord avec les mêmes arguments que lui opposaient les opposants au sud il y cinq ans : " Le tracé est incompatible avec les règlements européens et nationaux de protection des zones humides… Il détériorait un bâti important du Marais et déprécierait les patrimoines des particuliers. " Tout aussi étonnante est la position de Bernard Bellec, qui s’interroge désormais sur les raisons qui ont poussé L’Equipement à écarter les tracés au nord de l’agglomération, expliquant même (il avait jusqu’ici dit le contraire) que " ces tracés nord ne comportent aucune conséquence fâcheuse pour notre développement économique. " Que n’avaient-ils pas dit cela en 1988 quand pratiquement tous les élus des Deux-Sèvres (dont Ségolène Royal) œuvraient précisément pour que l’Etat abandonne son option sud. De même en juillet 1990, quand la commission d’enquête s’est prononcé contre ce tracé sud, pourquoi ont-ils maintenu leurs exigences, facilitant ainsi le ralliement inconditionnel des " nordistes " aux " sudistes " de la Vendée et de la Loire-Atlantique, alors que Ségolène Royal, dans une dernière tentative, intervenait auprès du ministre de l’Equipement pour qu’il suive les recommandations de la commission d’enquête et se prononce pour le nord. Et c’est précisément pour faire contre-feu à cette grande alliance sans principes que Ségolène Royal a cherché à faire prévaloir, selon ses termes, " un tracé de compromis ", qui tout en préservant le Marais, tiendrait également compte des intérêts propres de la ville de Niort.

Au soir du 28 mars 1993, c’est une débâcle nationale pour la gauche qui ne conserve que 80 sièges de députés dont 57 pour le PS et ses apparentés. En Poitou-Charentes la liste des battus est impressionnante : Jérôme Lambert (sortant) battu à Confolens, Michel Crépeau (sortant) battu à La Rochelle, Roland Beix (sortant) battu à Saintes-Saint-Jean-d’Angély, Pierre-Jean Daviaud (sortant) battu à Royan, Bernard Bellec battu à Niort, Santrot (sortant) battu à Poitiers, Guy Monjalon (sortant) battu à Châtellerault-Loudun. Seuls tirent leur épingle du jeu Jean-Claude Beauchaud, élu à Angoulême Nord-La Rochefoucauld et Ségolène Royal (sortante), réélue à Melle-Saint-Maixent.

Pour Ségolène Royal cette déroute n’est pas une surprise mais " le constat par les citoyens de l’inaptitude du moment à changer la vie quotidienne. On avait commencé avec l’affirmation des droits de l’homme, l’abolition de la peine de mort, les lois Auroux et la cinquième semaine de congés payés. On terminait sur le mythe du franc fort, de l’inflation jugulée, de l’entreprise triomphante, de la France qui gagne – fût-ce de façon peu recommandable. La gauche était vivante, mais une certaine manière de la représenter était morte sous nos yeux, sans doute par manque de vigilance de notre part. "

Comment a-t-elle fait pour échapper à la tourmente ? Comment a-t-elle réussi, malgré tout, à conserver son siège, mieux encore à améliorer son score de 1988 (de 2,87 points) ? Pour Ségolène Royal, il n’y a qu’une explication. Son seul bilan a plaidé pour elle. Elle énumère : son action décisive pour obtenir l’AOC au Chabichou et la création d’un centre de référence pour la défense de la race bovine parthenaise à Melle, son combat pour la protection des prairies d’élevage et contre les remembrements abusif dans le Marais, les Grands Travaux, la création d’une marque du terroir " Saveurs du Marais poitevin ", la mise en place de chantiers d’insertion sur le paysage et le patrimoine rural… Il n’y a pas de doute possible. Depuis qu’elle est ici, elle a souvent agi à contre-courant des idées dominantes des élus de tous bords qui parlent trop souvent des campagnes comme d’un boulet qu’il faut traîner. Elle a su au contraire tirer parti de cette résistance rurale à une modernité qui veut tout égaliser. Et ça a payé. D’ailleurs, pourquoi le milieu rural ne serait-il pas moins moderne que la ville, en raison justement de son authenticité (quand il l’a gardé). " Cette authenticité finira par l’emporter sur la " culture Mickey " et les campagnes cesseront de chercher leur salut dans la mise en place de parcs de loisirs artificiels et autres " fermes de la villes " d’une tristesse infinie. "

C’est contre son camp que le combat a été le plus rude. Il n’y a qu’à voir la façon dont Niort a traité le Marais. Il est vrai qu’il y a à gauche une vieille prévention contre les campagnes. Son camp s’est " longtemps refusé à imaginer des propositions pour revitaliser le monde rural, sous prétexte qu’elles s’apparentaient à des thèmes conservateurs, voir vichystes. " Quelle ironie quand on sait que les députés rescapés dans son camp ont été majoritairement élus ou réélus dans les circonscriptions rurales. Raison de plus pour ne rien changer à ce qu’elle a toujours fait. Jusque là, elle s’est bien gardé d’empiéter sur les prétendus territoires des uns et des autres. Désormais, elle ne peut plus se contenter d’être la député de la seule deuxième circonscription. Ses responsabilités vont bien au-delà.

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