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24/10/2006

Le monde de Ségolène (4ème chapitre - 03)

Pendant six mois, l’actualité de l’A83 sera surtout alimenter par les actes de " guérilla " menés par l’Association de Saint-Liguaire-Environnement pour s’opposer aux relevés et aux forages effectués par l’Equipement qui semble bien décidé à maintenir son projet. Du côté des élus (les plus distants de l’épicentre du conflit), des voix discordantes commencent à se faire entendre. André Le Chevallier, conseiller général du Bocage, parle d’une " autoroute inutile ". Michel Hervé, le maire de Parthenay, se range à son avis, et souhaite revenir au tracé par La Crèche. Jacques Fouchier, l’ancien maire de Saint-Maixent applaudit, jugeant que ce sont finalement toutes les Deux-Sèvres qui devrait pouvoir profiter de la construction d’une autoroute et pas uniquement par Niort, " marginal géographiquement ". On croit même savoir que Jean-Pierre Raffarin s’interroge sur une solution qui épargnerait " les grenouilles du Marais et les habitants de Saint-Liguaire ".

Et Ségolène Royal ? Elle s’en est d’abord tenu à l’obligation de réserve qu’elle s’était fixée. Puis, l’avis des experts et la décision du ministre étant arrivés, elle s’est bien gardé d’intervenir dans un débat qui, selon elle, ne la concerne plus. D’ailleurs, en cette fin d’année 1991, la députée a d’autres chats à fouetter. Elle s’est d’abord retrouvé confrontée à son premier " drame " industriel. En octobre, l’usine Rhône-Poulenc de Melle a annoncé en effet la suppression de 140 emplois (par des départs en retraite). Pour le Mellois, c’est un traumatisme. Elle va s’employer alors à créer une structure appelée " Défi pour l’emploi " qu’elle fait financer par le ministère de l’Industrie (pour un million de francs), et par Rhône-Poulenc (pour cinq millions). Objectif : créer 148 emplois en un an et demi en faisant bénéficier les entreprises créatrices d’emploi d’aides à l’équipement et à l’investissement. Pour quelqu’un pour qui le renouveau du monde rural c’est la grande affaire de notre société, ce " défi " est un premier test.

Evidemment, la réussite provisoire de ce projet fait jaser, d’autant que les élections régionales et cantonales sont dans un peu plus de trois mois. Et ces deux scrutins, elle est bien décidée à y participer. Pour les cantonales, elle ira à la Monthe-Saint-Heray, c’est décidé. Elle testera ainsi sa popularité, dans un canton plutôt à droite (malgré tout Mitterrand y a été majoritaire en 1988), mais où elle espère cependant faire la différence face à un conseiller sortant âgé (70 ans), Pierre Thomas, qui est aussi vice-président du conseil régional. Ce qui la préoccupe surtout ce sont les régionales car elle sait que Bellec se verrait bien lui aussi tête de liste aux régionales pour les Deux-Sèvres. Normalement, la place lui revient en tant que représentant du courant " jospiniste ", largement majoritaire dans le département. De plus, si elle est élue elle devra choisir entre le conseil régional et le conseil général pour se conformer à la loi du 30 décembre 1985. Mais, elle aussi, appartient au courant majoritaire (avec les " transcourants "). Surtout, elle fera meilleure figure que Bernard Bellec face aux Verts dont on estime qu’ils pourraient faire une percée significative. A Paris on en est convaincu. Car depuis le départ de Rocard en mai, et la nomination d’Edith Cresson comme 1er ministre, il n’est plus question que de l’enjeu du vote écologiste pour les prochaines échéances. Ségolène Royal a donc parfaitement compris qu’elle aura sa partie à jouer dans le dispositif qui se met en place. Et sa carte maîtresse c’est le Marais poitevin.

Et depuis le début de l’année on a pas chômé dans le Marais. Il y a d’abord eu la visite d’Emile Biasini, le secrétaire d’Etat responsable des Grands travaux. A la mi-décembre 1990 il avait déjà eu plusieurs entretiens avec Ségolène Royal pour mettre au point les modalités d’une intervention de l’Etat dans cette zone que l’on a décidé de classer. Quand il a débarqué en janvier avec son staff de hauts fonctionnaires, il avait déjà son idée. Il s’agissait de réaliser en lieu et place une grande œuvre-événement à l’instar de la pyramide du Louvre, et pour cela on était prêt à ne pas lésiner sur les moyens. Mais Ségolène Royal n’en a pas voulu de cette grande œuvre. Elle aussi avait son projet, fruit d’une large concertation avec les techniciens du PNR comme René Mahé, architecte-urbaniste et maire de Saint-Georges-de-Rex, mais aussi avec les maires ruraux des 20 communes concernées comme Jean Leyssene le maire d’Arçais. Finalement c’est ce projet purement local qui l’a emporté. Il consiste à réhabiliter le patrimoine architectural local : ports, passerelles, quais, lavoirs, fontaines… en y mettant financièrement le paquet (52 millions de francs). Un vaste travail pour répertorier les besoins a alors été engagé, commune par commune. On a souhaité également mettre à contribution l’artisanat local pour utiliser les méthodes les plus adaptées aux procédés de constructions locaux. La Chambre des artisans a dû mettre en place rapidement des formations adéquates. On a établi aussi une charte architecturale pour l’ensemble du site. Si tout marche comme prévu, François Mitterrand doit venir bientôt donner le coup d’envoi à cette belle opération.

La promesse a été tenue. Cet après-midi un peu frisquet du 4 février 1992, il est arrivé à Arçais avec Louis Mermaz, ministre de l’Agriculture, Philippe Marchand, ministre de l’Intérieur (tête de liste PS aux régionales en mars) et Brice Lalonde. Il a parlé " d’un rare bonheur " de pouvoir respirer un instant, au même rythme paisible que ces hommes et ces femmes d'Arçais, qui ne veulent pas " être victimes du temps pressé ". Au Grand port, il a aidé deux " maraîchins " à planter un pieu et à poser la première pierre des grands travaux. Puis le cortège présidentiel s’est rendu dans la petite salle du foyer communal où le Président n’a pu faire autrement que d’évoquer l’autoroute : " les fonctionnaires adorent le béton et les lignes droitesLes autoroutes, c'est comme le TGV : chacun veut une gare, personne ne veut de rails... " On a parlé également d’agriculture, mais surtout pour évoquer les prétentions des Etats-Unis dans les négociations du GATT. Puis il s’en est retourné, laissant sur leur faim les journalistes parisiens (dont il s’est réjouit qu’ils aient " pu voir à Arçais comment la France vit "), venus glaner ici d’autres petites phrases sur quelques " affaires " en cours.

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