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23/10/2006

Le monde de Ségolène (4ème chapitre - 02)

Ségolène Royal a eu parfaitement raison de s’inquiéter des capacités de mobilisation des militants de l’association Niort-Saint-Liguaire-Environnement. Leurs rangs ne cessent de grossir, plus de 700 adhérents fin février. Depuis que les experts ont été nommés, ils ne désarment pas et multiplie les initiatives. Désormais leur champ d’action s’est étendu à toutes les communes qui pourraient être touchées par cette autoroute. Quant au contenu de leur discours, il est essentiellement dirigé contre les socialistes : " Nous sommes victimes d’un règlement de compte entre personne d’un même parti politique ", assurent-ils. Ce qui n’est pas faux quand on songe à la dernière initiative de Bellec de convoquer, sans l’accord de Ségolène Royal, une réunion " informelle " de la Charte. Pour rien, sinon réaffirmer le soutien des élus présents à la seule solution préconisée par le maire de Niort. Ce à quoi la présidente de la Charte a répliqué par un communiqué vengeur reprochant à Bellec de ne pas respecter son engagement, pris personnellement devant le ministre de l’Equipement, de rester neutre pendant le travail des experts. En conclusion, l’association de Saint-Liguaire pouvait pavoiser devant la préfecture, fin mars, avec ses 700 pages de pétitions (12.419 signataires). Quelques jours plus tard, ils étaient encore 300 à manifester au centre de Niort.

A la mi-avril le travail des experts est enfin bouclé. Immédiatement Louis Besson en informe oralement André Clert, Ségolène Royal et Jean-Paul Fredon, le 1er adjoint de Bellec. " C’est un tracé intermédiaire qui devrait satisfaire tout le monde ", explique sans plus de précision Ségolène Royal. La communication officielle est prévue pour le lundi 29 mai, mais dès le vendredi l’essentiel du projet est connu grâce à une indiscrétion du Courrier de l’Ouest. Première certitude, le nouveau tracé est effectivement un tracé " intermédiaire " entre les projets plus au sud et le tracé le long de la voie ferrée qui est abandonné. De ce fait, même s’il s’agit bien d’un projet d’autoroute urbaine, il s’éloigne de la partie la plus habité du quartier de Saint-Liguaire ; en outre pour éviter les nuisances sonores et pour ne pas couper le quartier de Saint-Liguaire, il est prévu d’enterrer l’autoroute, très précisément entre Sevreau et la levée de Sevreau. Deuxième caractéristique, on s’oriente vers la réalisation d’un ensemble autoroutier permettant de compléter les rocades avec deux échangeurs de raccordement. Il ne s’agirait donc plus seulement de terminer une liaison autoroutière Nantes-Bordeaux, mais bien redonner à cette autoroute un rôle de développement économique global ce qui était le souhait des élus niortais. En résumé, on ne cède pas aux injonctions des habitants de Saint-Liguaire (ils ont déjà dit non précédemment à la solution d’un tronçon enterré), en revanche on " soigne " le maire de Niort en lui offrant ce qu’il recherche depuis longtemps, un levier au développement pur le sud de l’agglomération. Les experts n’oublient personne, même les maires ruraux du Marais peuvent trouver dans la proposition quelques compensations comme celle d’une aire de repos tournée vers le Marais ou la possibilité d’un parc paysager qui relierait Saint-Liguaire à Bessines.

Mais avant même que les experts aient eu la possibilité de s’expliquer publiquement sur leur choix, Bernard Bellec opte délibérément pour l’affrontement en s’associant à la fronde de Saint-Liguaire par un geste hautement symbolique. Au cours de l’inauguration de la foire exposition, il brandit une pancarte " Non à l’autoroute dans la ville de Niort " qui lui avait été donné par des enfant de Saint-Liguaire. Puis le jour de la présentation par les experts de leur plan, il quitte ostensiblement la séance de travail en compagnie d’Alain Garcia, conseiller d’opposition et président du Parc régional, suivi d’une bonne partie des élus. A ces provocations le porte parole des experts, Guy Salmon-Legagneur, réplique, menaçant : " Si les Niortais refusent cette semaine l’autoroute, si une petite musique non de consensus mais d’apaisement ne se fait pas entendre, elle ira vers d’autres cieux. "

Ségolène Royal a préféré pour sa part s’abstenir de participer à cette séance de travail. En prétextant une présence obligatoire au Palais Bourbon, elle a souhaité éviter qu’une fois encore toutes les oppositions se focalisent sur son seul nom. Elle a surtout voulu laisser les coudées franches au maire de Niort. Mais ce que l’on lui a rapporté ne la rassure guère même si ça ne l’étonne pas. Elle espère seulement que Bernard Bellec sait où il va. Ce projet n’est pourtant pas ce monstre annoncé par ses détracteurs ; parler d’une " autoroute dans la ville " est un abus de langage. Financièrement il représente surtout un effort financier considérable (elle a inventé pour cela le mot de surcompensations). C’est une chance historique pour Niort. Quelle ville moyenne refuserait le cadeau d’une voie autoroutière équipée de deux échangeurs pour achever le contournement de l’agglomération ? Bellec joue un jeu dangereux en ne disant pas la vérité aux Léodgariens. C’est eux qui avaient proposé ce tracé en 1983. Bien sûr, depuis on a construit car Niort a commis l’erreur de ne pas geler ces terrains, mais ce ne sont que quelques lotissements. Elle espère que Besson ne reculera pas ; tant pis pour Bellec s’il choisit de se saborder.

Cette nuit là les habitants de Saint-Liguaire ont réveillé Niort. Un cortège d’une centaine de voitures s’est ébranlé autour de 23 heures. Après un crochet par Bessines (le maire Claude Juin est l’une des cibles favorites des Léodgariens avec Ségolène Royal), ils ont parcouru bruyamment les rues de la ville pendant deux heures et ont manifesté devant l’hôtel de ville et la préfecture. Le lendemain ils ont remis ça avenue de Nantes barrant pendant quelques heures la circulation avec des tracteurs. Ils n’en sont repartis que dans la début de soirée pour se rendre en cortège à la salle de l’Olympique léodgarien. Là, Paul Aimon a lu plusieurs extraits de lettres que lui avait fait parvenir la députée des Deux-Sèvres dans lesquelles elle les assurait que l’autoroute ne passerait pas par leur quartier. Au final c’est l’ensemble des élus qui a été mis en cause. On a parlé à ce propos du tracé de la " ripoux-blique ". " Qu’ils démissionnent ", a-t-on entendu. Bref, les opposants ne désarment pas et ne sont apparemment prêts à aucun compromis.

Mais voilà que le maire de Niort laisse entendre qu’il ne serait pas opposé à l’idée de relancer le vieux projet de rocade (initié en 1980 par René Gaillard), précisément là où les experts veulent que l’on réalise l’autoroute. Bernard Bellec croit-il vraiment qu’il va réussir à faire avaler ça aux opposants de Saint-Liguaire ? Quel objectif poursuit-il ? A Paris aussi on s’interroge sur ce que veut en vérité la ville de Niort. Le premier projet le long de la voie ferrée a été éliminé. L’Etat est prêt à mettre 25 millions de francs pour réaliser un ensemble autoroutier où toutes les précautions seront prises pour respecter à la fois l’environnement et les riverains. Malgré tout, le maire de Niort choisit de biaiser. A l’Equipement on s’attendait à des discussions serrées, voire à des surenchères, mais cette dernière proposition à de quoi surprendre.

L’opposition à la majorité municipale trouve là un excellent motif pour interpeller le maire. Son porte-parole, Alain Garcia, que l’on avait vu jusqu’ici aux côtés de Bernard Bellec, ne se prive pas désormais de souligner son inconséquence. Le conseil général va encore plus loin. Il propose un autre tracé. Pas le premier, celui qui avait reçu un avis négatif de la commission d’enquête, et pour lequel la majorité des conseillers s’était prononcé après avoir pendant deux ans milité pour le nord, mais pour un tracé encore plus au sud, par le gué de Magné. Dans ce contexte la démarche du maire de La Crèche tombe à propos. Son idée, relancer l’option nord. André Véret a toujours été un partisan du nord. Il n’a jamais compris l’abandon de cette option qui bénéficiait en 1988 d’un large consensus. Avec ce qui se passe maintenant, il considère que l’on va à l’échec et que dans ces conditions le tracé nord constitue le seul recours possible.

Mais pour l’instant, on attend avec impatience que le ministre de l’Equipement fasse enfin connaître sa décision. Il aura très certainement enregistré avec satisfaction la position d’une partie des socioprofessionnels (la Chambre économique et l’Union patronale des Deux-Sèvres, et l’Association pour l’autoroute Nantes-Niort) qui appuient le nouveau tracé. Mais que dira-t-il de la suggestion de dernière minute du maire de Niort ? Comment l’Etat pourrait-il à la fois accepter de financer cette rocade et construire une autoroute selon un tracé le plus éloigné de l’agglomération ? Sachant surtout que de toute façon Saint-Liguaire s’y opposera arguant d’une lettre de Bernard Bellec adressée à Paul Ainom, il y a quelques mois et qui disait : " Déjà en 1983, puis en 1987, et, enfin, ces jours derniers, nous nous sommes prononcés de façon non équivoque contre le passage d’une rocade et a fortiori d’une autoroute dans le quartier de Saint-Liguaire. " Puis la décision est tombée, et il n’y a eu aucune surprise. Louis Besson s’est plût à relever le caractère parfaitement irréaliste de la résolution adoptée début mai par la Commission générale du conseil municipal de Niort. Ce qu’il propose c’est donc de " combiner autant que possible les deux infrastructures. "

Aussitôt informés de la décision du ministre, les Léodgariens sont venus samedi à 250, à l’heure du marché, clamer devant l’hôtel de ville leur indignation : " Bellec, trahison ! Bellec vendu ! Etat magouille ! " Paul Aimon a même eu un léger malaise, tellement l’émotion était forte. " Je n’ai jamais trahi personne dans ma vie ", a répliqué quelques jours plus tard le maire de Niort. Et quand on lui a demandé s’il allait répondre à la lettre du ministre, il s’est insurgé : " Certainement pas ! C’est la lettre d’un ministre qui n’est plus ministre. Cela fait cinq fois que l’on me fait le coup ! " Pour le reste il a maintenu ses positions : oui à une rocade de contournement, non à une autoroute urbaine.

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