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22/10/2006

Le monde de Ségolène (4ème chapitre - 01)

4 – Les grenouilles ne votent pas

Le procès qu’on lui fait est un faux procès. Non, elle ne cherche pas à opposer Niort au Marais, les habitants de Saint-Liguaire aux grenouilles et aux loutres de la Venise verte. La campagne n’est pas meilleure que la ville. Ce qui compte c’est l’équilibre de l’une et de l’autre. Depuis le début elle a tout fait pour convaincre les élus du Marais qu’ils se trompaient, que l’autoroute, contrairement à ce qu’on leur promettait, ne leur apporterait rien. Elle leur a proposé d’autres solutions, plus douces, plus conformes à la vocation de cette terre agricole, mais ils ne l’ont pas assez écouté.

Devait-elle renoncer pour autant ? Ce n’est pas parce que l’on est majoritaire que l’on a toujours raison. Comment tous ces maires ruraux peuvent-ils croire que Guichard, de Villiers ou Raffarin défendent à ce point leurs intérêts ? Et le maire de Niort, va-t-il laissé passer cette chance d’avoir une autoroute à la porte de sa ville ? C’est bien ce qu’il a toujours voulu ? Oui, mais les " grenouilles ne votent pas ". Au fond, si Bellec résiste, c’est parce qu’il n’a pas le courage politique d’affronter ses électeurs. Ce courage, elle l’a eu quand elle s’est opposé au passage de l’autoroute dans le Marais quitte à être impopulaire. Il est vrai qu’on lui prête d’autres ambitions. A Saint-Liguaire on raconte qu’elle se verrait bien ministre de l’Environnement. Comme il est difficile de faire prévaloir l’intérêt général lorsque chacun de vos actes est aussi mal interprété. Ce n’est quand même pas elle qui a dicté leur décision aux commissaires enquêteurs, qui ont d’ailleurs préconisé de revenir à la solution la plus au nord, une option qu’elle a toujours défendue. Et c’est parce que l’Etat a refusé cette solution qu’elle a demandé l’arbitrage du Président et obtenu que l’on étudie d’autres solutions au sud de Niort. Et maintenant on l’accuse d’avoir suggérer ce passage le long de la voie ferrée Fontenay-le-Comte-Niort. Mais elle ne l’a pas inventé ce tracé ; il était connu de tout le monde. Robert Lévêque (frère du journaliste Michel Lévêque), l’ancien membre de la commission d’enquête, que l’on a accusé également d’avoir trempé dans cette affaire, a parfaitement raison de dire que " ce n’est pas la peine de casser les murs ". Tout est prévu pour que les habitants de Saint-Liguaire soient entendus ; eux aussi seront protégés par l’enquête d’utilité publique, comme tout le monde.

L’hypothèse de Ségolène Royal se vérifie. Il y a d’abord eu cette grande réunion à Coulon, où le maire Niort est venu rendre compte de des entretiens qu’il a eu à Paris avec les services de l’Equipement. Il a acquis la certitude que l’autoroute passera bien au sud, et le sud s’étend, a-t-il précisé non sans malice, " de Saint-Liguaire à La Rochelle ". Aucune solution sud n’est donc exclue. Il a confirmé aussi que trois personnalités " incontestables " seront bientôt désignés pour étudier un nouveau tracé, évidemment très proches des tracés déjà connus. On a appris enfin à cette réunion que Pierre Rousseau, le maire de Coulon, qui l’a présidait, avait tenté de quitter la Charte intercommunale du Marais poitevin présidée par Ségolène Royal, mais que son conseil municipal ne l’avait pas suivi.

Quelques jours plus tard c’est le préfet des Deux-Sèvres, Bernard Coquet qui fixe les nouvelles règles du jeu : " Dans quelques jours, les ministres auront choisi les trois experts qui auront à travailler sur le sud. Dès que leur calendrier sera établi, j’organiserai une réunion d’information des maires et des sociaux professionnels concernés. Et puis nous laisserons les experts œuvrer. "

Mais rien n’arrive à calmer les esprits. Les Léodgariens continuent d’exercer leur pression ; ils manifestaient samedi 5 janvier sous la pluie. Les déclarations du Président reprises ce jour là dans La Nouvelle République n’a pas eu plus d’effet. Bien au contraire. L’idée d’une autoroute urbaine manifestement ne passe pas. Alors Ségolène Royal prend sa plume. Elle avait pourtant décidé qu’une fois le Marais épargné, le reste ne la concernait plus. Mais elle est impressionnée par l’énergie des opposants de Saint-Liguaire, et leur organisation. Et si c’était eux la clé du problème. " Je tends la main aux habitants de Saint-Liguaire, écrit-elle dans son long point de vue. S’ils acceptent de devenir partenaires de la recherche d’une solution intermédiaire, qui, entre le cœur de la Venise verte et les quartiers les plus habités, permet de limiter les dégâts, mais aussi de les assumer pour les uns comme pour les autres, je suis alors totalement impliquée à leur côté, comme aux côtés de Bernard Bellec pour épargner le quartier qui leur est cher… " L’entreprise de séduction de Ségolène Royal suffira-t-elle à désamorcer la bombe ?

Mais qui sont ces Léodgariens, et ce Paul Aimon, le président charismatique de leur association, que l’on reconnaît entre mille avec sa barbichette et sa casquette de marin ? Le quartier d’abord. " Le plus beau de Niort ", disent volontiers ses habitants. En réalité Saint-Liguaire n’a rien d’un quartier et tout d’un village, ce qu’il était encore il y a moins de vingt ans, avant qu’il ne soit rattaché administrativement à Niort. Et de fait rien n’a changé, la coupure entre Saint-Liguaire et Niort est toujours aussi nette. C’est un peu pour ça qu’il existe là un " esprit de clocher " aussi bien ancré. Son dernier maire, Janine Lucas, siège toujours au conseil municipal de Niort et au conseil général. Et ce n’est pas la première fois que le quartier  s’insurge contre les prétentions de la ville, et certainement pas la dernière. Paul Aimon, lui, un homme tout à fait aimable, est agriculteur. Il exploite en GAEC avec six associés du côté d’Aiffres, une ferme de 130 hectares et un troupeau de 76 vaches laitières (plus 50 à 60 génisses). C’est aussi un irriguant, car il faut bien arroser dans cette plaine niortaise pour faire pousser soja, pois, luzerne et maïs ensilage nécessaires à l’alimentation des bêtes. Les problèmes d’autoroute il s’en est presque fait une spécialité. D’abord parce que ses terres ont été traversées par l’A10 ; surtout parce qu’un jour de 1987, on lui a coupé l’eau à cause des travaux sur l’autoroute. Le drame – les bêtes n’avaient plus rien à boire – a été évité de justesse. Ségolène Royal n’a donc pas face à elle un citadin ignorant des problèmes d’environnement mais quelqu’un qui connaît parfaitement la configuration du terrain, les zones humides et inondables ; lui même habite à quelques mètres de la Sèvre. Finalement il est prêt à lui reconnaître des qualités à cette députée. Et puisqu’elle accepte une rencontre…

Désormais c’est donc à une tripartite entre Bellec, Royal et Saint-Liguaire à laquelle on va assister. Vont-ils pouvoir s’entendre ? On y croit presque depuis que Ségolène Royal a assuré (politique de la main tendue oblige) qu’elle était contre le tracé le long de la voie ferrée et celui au bout de la levée de Sevreau, et que les habitants de Saint-Liguaire ont fait dire par la voix de leur porte-parole qu’ils étaient également prêts au dialogue. On n’attend plus qu’un geste de Bernard Bellec qui a des propositions à faire. Lesquelles ? Il en réserve la primeur au conseil municipal extraordinaire qui doit se tenir dès son retour de Paris. Car la grosse information de la semaine c’est que Bernard Bellec, André Clert, Ségolène Royal et Claude Juin ont rendez-vous avec Louis Besson, le successeur de Michel Delebarre à l’Equipement. Le préfet Coquet sera là aussi. S’approche-t-on du dénouement ?

Finalement les Niortais ne sauront pas grand-chose sur ce qui s’est passé à Paris. Le communiqué publié le soir même par Ségolène Royal est pourtant explicite : " Les intentions de certains élus rendraient impossible la mission des experts. " Qui vise-t-elle sinon le maire de Niort. D’ailleurs la colère de Bellec s’est ouvertement manifesté envers la députée à la sortie du ministère. Ainsi les ponts sont de nouveau rompus.

C’est l’annonce de la nomination des experts qui a permis de calmer le jeu pour quelque temps encore. Ainsi les habitants de Saint-Liguaire qui attendaient Ségolène Royal pour une confrontation amicale, lui ont-ils demandé de surseoir à cette réunion. La députée en a profité pour annoncer qu’elle s’imposait désormais une obligation de réserve, assurant qu’en tout état de cause, elle s’en remettrait à la décision des experts. Au conseil municipal extraordinaire (expédié en 15 minutes), Bernard Bellec a utilisé les mêmes arguments expliquant qu’il remettrait ses fameuses propositions aux seuls experts, mais il n’a pu s’empêcher devant la télévision de réaffirmer son opposition à un passage de l’autoroute en zone urbaine, et même de mettre au vote, selon la procédure du " assis et levé ", la délibération du conseil. Et le conseil s’est levé comme un seul homme quand il a demandé qui était pour.

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