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21/10/2006

Le monde de Ségolène (3ème chapitre - 04)

Après cette capitulation des " nordistes " en rase campagne, Ségolène Royal n’a plus d’autre recours que de convaincre l’Elysée qu’il existe peut-être encore une possibilité de faire passer l’autoroute au sud tout en épargnant le Marais. Elle va s’y employer, et finalement réussir à convaincre le Président, l’Equipement et l’Environnement que c’est la bonne et la seule solution. L’Equipement et l’Environnement prépare à cet effet un communiqué qui doit être rendu publique le 19 décembre. Mais une " fuite " a lieu, et c’est ainsi que les Deux-Sèvres apprennent le 18, par voie de presse, qu’il " a été décidé – avec l’aval de l’Elysée et non sur arbitrage de Matignon – que le ruban d’asphalte épargnera le Marais poitevin dans les communes de Coulon et de Magné, sans pour autant passer à l’est [c’est à dire au nord] de Niort ". L’auteur de l’article poursuit : " les services de l’Equipement ont opté pour le cheminement passant à proximité de la ville de Niort, dont le maire socialiste, M. Bernard Bellec, réclamait le " désenclavement " ; il précise enfin qu’il " est possible que le tracé emprunte une voie ferrée déclassée, qui jouxte des zones construites. " C’est le journaliste Marc Ambroise-Rendu, spécialiste de l’environnement au journal Le Monde qui a eu la primeur de l’information.

Ce tracé dont il est question existe bien. C’est même l’un des deux tracés qui avaient été retenu le 8 décembre 1987 par le Centre d’études techniques de l’Ouest. Il longe la voie ferrée Niort-Fontenay-le-Conte qui jouxte l’ancienne commune de Saint-Liguaire, rattachée depuis 1972 à Niort. Or, ce tracé, qui avait déjà été étudié en 1983 pour un projet de rocade, a été rejeté en décembre 1987 par le maire de Niort et les riverains. Dans le communiqué officiel publié le 19 par les deux ministères concernés, il n’est d’ailleurs nullement question de cette option mais " de rechercher, en accord avec les responsables des collectivités territoriales, une solution technique qui permette le respect de l’environnement et l’indispensable réponse à apporter à l’équipement de la façade atlantique de notre pays en infrastructure. "

L’émoi à Niort est grand. On ne comprend pas l’utilité de ressortir ce tracé dont personne ne veut. On accuse surtout Ségolène Royal d’avoir organisé la " fuite " pour court-circuiter les ministres de l’Equipement et de l’Environnement et forcer la main aux élus locaux. Ségolène Royal laisse dire. Sans évoquer précisément le tracé en cause, elle laisse entendre dans un entretien publié le 19 décembre dans Le Courrier de l ‘Ouest que l’essentiel c’est qu’une solution de compromis a été retenue : " Le Président ne souhaitait pas que l’on puisse abîmer le site du Marais. Et comme tous les élus réclamaient le passage au sud de Niort, le tracé retenu donnera satisfaction à tout le monde. Je suis satisfaite : le tracé épargne le Marais, après ça ne me concerne plus. " Puis elle ajoute : " Si une ville souhaite une autoroute, il faut aussi qu’elle en accepte les contraintes. L’autoroute arrivera à Niort, c’est l’essentiel. "

C’est la ligne de défense de Ségolène Royal. Pourquoi les campagnes serviraient-elles en effet toujours d’exutoire ? De quoi mettre le maire de Niort dans l’embarras. C’est bien ce que Ségolène Royal a en tête. Prudent, le maire de Niort évite de répondre sur le fond. Dans une conférence de presse, aux côtés d’André Dulait, président du conseil général et de Jean-Pierre Raffarin, il attaque sur la forme : " Notre démarche d’aujourd’hui, c’est de la morale politique, plaide-t-il. On ne peut, à tout moment remettre en cause les dossiers sur lesquels on a travaillé avec l’Etat, dans le cadre de l’expression de la démocratie, de faire en sorte que ce soit le sentiment de la majorité qui l’emporte. " Il conclut : " Notre position n’est dirigée ni contre les uns, ni contre les autres, c’est la nôtre, c’est tout. Mais nous représentons la majorité. "

Les habitants de Saint-Liguaire prennent moins de précautions oratoires. Paul Aimon, leur porte-parole, donne le ton : " On choisit les grenouilles et les moustiques contre les gens. A Saint-Liguaire, ça va être la révolution ! " Trois jours après, devant 400 personnes entassées dans la salle des fêtes du quartier, il n’a pas de mots assez durs pour dénoncer l’oukase présidentiel : " Pourquoi voter pour les élus locaux ? Allons voter tous les sept ans et laissons Dieu décider. C’est de la dictature. " Ségolène Royal n’a pas plus de chance avec les élus du Marais. " On attache plus d’importances aux loutres qu’aux hommes ", s’exclame Pierre Rousseau, le maire de Coulon. " J’espère qu’après ça, les écolos vont prendre leurs " dails " pour défricher ", ironise Jean Thébault, le maire de Magné. Ils sont bien ingrats les élus du Marais. D’abord une procédure de classement en site naturel de la totalité de la Venise verte devrait être engagée très bientôt. C’est Michel Delebarre qui l’a annoncé dans un nouveau communiqué. Mais surtout, Ségolène Royal assure qu’elle a obtenu " des fond d’Etat pour le nettoyage du Marais et sa mise en valeur. " Elle a même été extrêmement précise puisque selon elle, Emile Biasini, le secrétaire d’Etat des Grands travaux viendra en janvier dans le Marais.

Mais peu importe ces précisions, comme cette possibilité, évoquée par Ségolène Royal, " d’enterrer l’autoroute dans la traversée de Saint-Liguaire ", l’heure est désormais au règlement de compte. Dans le PS on ne s’en prive pas : " C’est de la monarchie constitutionnelle. Ce n’est plus Ségolène Royal, c’est Ségolène de Maintenon", allusion à Madame de Maintenon, la favorite de Louis XIV, née à Niort. François Panen, le 1er secrétaire fédéral, donne aussi dans une lettre aux militants, une interprétation purement politique de cette " fuite " qu’il considère comme un " canular machiavélique " : " Quelles sont les motivations de l’informateur ? ", s’interroge-t-il . Il imagine essentiellement trois motivations : " Faire un nouveau coup médiatique pour en récolter les fruits politiquement ? Déstabiliser la fédération des Deux-Sèvres du Parti socialiste pour en changer les dirigeants, avec certaines complicités locales ? Atteindre une fois de plus personnellement le maire de Niort pour occuper un terrain qui ne leur est nullement acquis ? "

Ségolène Royal ne s’émeut pas outre mesure de la violence des réactions. Elle plaisante même : " Maintenant on ne peut plus me faire le procès de vouloir devenir maire de Niort ! " Mais sur le fond, elle persiste et signe : " L’autoroute dans le Marais était impossible. On ne peut pas d’un côté classer des zones protégées, accorder des labels européens et permettre que ces mêmes zones soient traversées par des autoroutes. L’autoroute sera urbaine ou ne sera pas. On a bien fait entrer le TGV dans Lyon. " C’est ce qu’elle dit à la presse et aux représentants des riverains de Saint-Liguaire qui sont venus à cent cinquante lui demander des comptes à sa permanence de Melle.

En cette fin d’année 1990 bien malin celui qui se risquera à faire une prévision sur les suites qui seront donné à ce projet d’autoroute. Le " scoop " du Monde a fait déjà au moins une victime. C’est ainsi du moins qu’est interprété le départ de Michel Delebarre de l’Equipement qui saisit néanmoins avant de passer à autre chose le Conseil d’Etat d’un premier projet de déclaration d’utilité publique sur le tronçon vendéen Montaigu-Saint-Hermine. Bientôt à Sainte-Hermine, l’autoroute sera donc raccordée à une deux fois deux voix qui terminera la liaison Nantes-La Rochelle. Comme de La Rochelle à Rochefort il existe déjà une autre deux fois deux voix, et qu’est programmée de Rochefort à Saintes une petite portion autoroutière pour se raccorder à l’A10, est-il vraiment nécessaire de construire 40 km d’autoroute entre Sainte-Hermine et Niort ?

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