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20/10/2006

Le monde de Ségolène (3ème chapitre - 03)

Pendant ce temps là, autour de l’autoroute, tout se passe comme si on faisait fi de l’avis de la commission d’enquête. Dans un entretien publiée le 10 septembre Ségolène Royale estime que la situation est loin d’être rassurante : " J’ai beaucoup évolué sur le dossier de l’autoroute. Lorsque j’ai été élue, le tracé sud était quasiment acquis. Je me suis donc mise dans une logique positive, travaillant sur le remembrement, la zone classée dans le Marais, la charte des paysages…Et puis les mois ont passé et nous n’avons rien vu venir. Ni l’Observatoire de l’environnement, ni l’étude d’impact sur les aires autoroutières. Je réclame donc d’ores et déjà l’enquête publique sur le tracé nord. Car il est hors de question de nous entendre répondre : vous n’avez pas voulu du tracé proposé, donc vous n’aurez rien ! "

L’inquiétude de la députée des Deux-Sèvres est-elle justifiée ? En cette fin d’année quatre-vingt-dix on ne sait vraiment plus trop s’il y a encore une alternative nord. Non seulement l’Equipement et l’ASF n’en veulent pas, mais les " sudistes " dirigés par Olivier Guichard, le président de la région Pays-de-la-Loire, font tout pour amener les " nordistes ", en gros le conseil général et la région à passer dans le camp du sud..

Ségolène Royal sent venir la menace. Bientôt il n’y aura plus personne pour parler de solution nord. Elle va tout faire alors pour ruiner la seule solution qui reste envisagée. Et pour se faire montrer que le Marais mouillé n’est pas cette friche à l’abandon telle que les " sudistes " l’ont présenté pour excuser son franchissement, mais " un espace d’organisation touristique " selon les termes d’un audit qu’elle a commandé et dont elle vient de recevoir les conclusions. Car Ségolène Royal a très bien compris que le Marais est pour les " sudistes " leur talon d’Achille. Qu’elle arrive à démontrer qu’il existe là une économie possible sans recourir à un expédient dangereux comme une autoroute, et s’en est fait des velléités des " sudistes " d’imposer leur projet.

A l’initiative de Ségolène Royal, la Charte intercommunale du Marais propose ainsi de mettre en place une politique que l’on qualifierait aujourd’hui de " développement durable " pour enraciner dans ce territoire en manque de ressources un tourisme vert de qualité. Il est prévu ainsi de terminer la " piste océane " pour aller à vélo de Niort à La Rochelle ; de créer des gîtes de la Venise verte ; de mettre en valeur un point attractif dans chaque commune ; d’améliorer la signalisation avec la réalisation d’un logo … et sur cette base, de négocier avec la région un contrat de Pays d’accueil. Parallèlement, sont proposées des opérations de restructuration de l’artisanat et du commerce pour revivifier l’emploi et les services. D’importantes décisions enfin pourraient intervenir pour faciliter une agriculture compatible avec la fragilité du Marais dans le cadre de l’Opération groupé d’aménagement foncier (OGAF) environnement.

Pour donner plus d’ampleur à son initiative, Ségolène Royal a commandé plusieurs mois auparavant à un architecte paysagiste, Bernard Wagon, une vaste étude pour faire reconnaître le marais mouillé comme grand site national et permettre ainsi à la Charte d’obtenir une aide financière de trente millions de francs, par l’Etat, la région et la DATAR. Les communes de la Charte pourraient alors valoriser églises, fontaines, lavoirs ou tout autre patrimoine. Mais ce dispositif va-t-il suffire pour désarçonner les " sudistes " qui ont trouvé désormais leur bouc émissaire. Ainsi le 17 septembre, Philippe de Villiers, le président du conseil général de Vendée, déclare : " Tout le monde est aujourd’hui d’accord en Deux-Sèvres sauf Ségolène Royal ! " Faux, car à cette date la plupart des élus des Deux-Sèvres (dont Ségolène Royal) sont (encore) officiellement majoritairement pour le nord.

Nouveau rebondissement le 28. De passage à Poitiers où il est venu inaugurer le TGV, le Président Mitterrand évoque la question du Marais poitevin, " que je connais bien , précise-t-il, un monument de la nature…un paysage étonnant, avec une richesse biologique extrême, on l’appelle la Venise verte, non, c’est le Marais poitevin, cela se suffit. " Et il poursuit, précisément là où il veut en venir : " Je crois que la menace d’envasement peut être corrigée, Madame le Président de l’Association pour la Charte Intercommunale du Marais poitevin m’en parlait. Le Marais Mouillé mérite des travaux absolument urgents de sauvegarde. L’Etat apportera son soutien. " On dirait presque que s’est improvisé. Il n’y a surtout aucune allusion explicite au passage de l’autoroute, mais tout le monde a compris. Brice Lalonde qui accompagnait le Président fait une déclaration en ce sens, allant même bien au-delà de ce qu’il lui ait demandé puisqu’il évoque l’idée " d’élever le parc naturel régional à la dignité de parc national ".

Apparemment, le coup de pouce présidentiel ne suffit pas. Le 21 novembre les maires de la Charte (que Ségolène Royal préside toujours mais où elle est manifestement en minorité) lui font comprendre bien comprendre qu’ils ne la suivront pas jusqu’au bout. " Tous les maires, à part Claude Juin, le maire de Bessines sont d’accord pour le tracé sud ", explique Jean Thébault, le maire de Magné, leur porte-parole. Et il poursuit : " si l’autoroute passe ailleurs ce serait catastrophique pour nous. Si nous perdons l’autoroute, nous perdons le marais, il suffit de voir l’état désastreux du Marais qui est devenu inaccessible en bien des endroits. " C’est ce que dit aussi sans ménagement,  Alain Garcia, opposant de droite à Niort et vice-président du conseil régional : " Le Marais est à l’abandon. Il n’y a plus personne pour entretenir ce milieu qui est totalement artificiel. L’autoroute et l’aire qui seront construites vont provoquer un afflux de touristes et dynamiser les activités économiques… Si plus personne ne s’occupe du Marais, il va mourir. " La Nouvelle République enfonce le clou. Deux jours auparavant elle publie une page entière titrée sans équivoque " Les stigmates de l’abandon " : huit photos dûment choisies. Le Marais y est montré sous son plus mauvais jour : un cloaque avec des habitations en ruines, jonché d’épaves de voitures et de matériels agricoles hors d’usage. Quelques jours plus tard, le quotidien, qui a choqué de nombreux lecteurs, se défend bien d’avoir pris position. Il est vrai que la légende accompagnant les photos semble vouloir avant tout mettre chacune des parties devant leurs responsabilités. D’un côté on demande aux " sudistes " comment ils réussiront, si l’autoroute passe là, à " exploiter et à contenir le filon touristique ". De l’autre, on s’interroge pour savoir si les " nordistes  se sont bien mobilisés pour l’intérêt général et non pour leur intérêt particulier ".

Fin de partie pour Ségolène Royal ? C’est ce que tout le monde pense désormais. Quand elle rend publique, fin novembre, une lettre au Président et au Premier ministre leur demandant d’être dans cette affaire " les garants de l’objectivité " et de la " neutralité ", en expliquant qu’elle se rendra, quoiqu’il advienne à l’avis du conseil d’Etat, il semble bien en effet qu’elle est prête à jeter l’éponge. D’ailleurs du côté de l’Equipement et de la commission locale mise sur pieds par le préfet Alain Jézéquel on finit de peaufiner le projet pour mettre fin aux dernières résistances, et surtout convaincre les sages du conseil d’Etat que l’on a tout fait pour préserver l’environnement. Enfin, la déclaration du ministre de l’Environnement faite lors d’une visite impromptue dans le Marais le 5 décembre semble bien sonner le glas des dernières espérances de la députée : " Ma position n’est pas la seule, il y a la position des élus et je le vois bien à l’Assemblée nationale, ils sont favorables au passage de l’autoroute dans le Marais. "

Mais quelques jours plus tard, de passage à Poitiers, il s’interroge sur le fonctionnement du PNR. Le bureau du Parc, dit-il en substance, n’a pas agi prioritairement pour la défense de l’environnement en votant à l’unanimité (moins une voix) pour le tracé sud. Le ministre en conséquence demande une enquête, suivie d’un audit pour évaluer le bien fondé des actions du Parc. Or si l’Environnement finance pour 20% son budget, ce sont les collectivités locales qui apportent les 80% restant. Le président du PNR, Pierre Richardeau (il a participé à la fondation du Parc en 1979 ; il décédera quelques jours plus tard suite à une crise cardiaque), contre-attaque, expliquant l’on " peut toujours supprimer le Parc ". A se demander si les dirigeants ne sont pas prêts en définitive à sacrifier le PNR au nom des intérêts supérieurs d’une voie autoroutière ?

La rumeur d’une mise en sommeil du dossier de l’A83 par le Président, et d’un possible transfert de l’autoroute en Charente-Maritime, au cas où on obtiendrait par l’accord majoritaire des élus, entraîne une nouvelle radicalisation. Le 10 décembre, les élus de la région et du département se retrouvent pour une visite du Marais. Le lendemain, " réunis en ordre de bataille ", selon Olivier Guichard, les élus de Bretagne et des Pays-de-la-Loire (dont les élus socialistes de Vendée), et les élus des Deux-Sèvres et de la région Poitou-Charentes (moins Raffarin représenté par Alain Garcia) scellent lors d’une conférence de presse à Fontenay-le-Comte, l’alliance du sud et du nord sous la seule bannière du sud. Seuls absents, les socialistes Bernard Bellec, André Clert et Roger Rougeau qui bien que partisans du sud depuis le début, n’ont pas certainement pas voulu se montrer en si bonne compagnie.

En résumé, comme le dit cyniquement Philippe de Villiers : " Mieux vaut un mauvais itinéraire que pas de tracé du tout. " La mauvaise foi de certain élus est patente. Ainsi André Dulait, le président du conseil général des Deux-Sèvres explique que l’option sud représente le tracé le moins traumatisant pour l’approche de Niort alors qu’il avait dit exactement l’inverse deux ans auparavant (il parlait alors de l’incongruité d’un passage dans le Marais).

Commentaires

un grand coup de chapeau pour votre blog, du vrai travail de fourmi....

je me permets de vous présenter le mien :

http://comptearebours.20minutes-blogs.fr

cordialement.

Écrit par : Peter Covel | 20/10/2006

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