Avertir le modérateur

19/10/2006

Le monde de Ségolène (3ème chapitre - 02)

D’autres acteurs vont alors entrer en action. Leur objectif, s’opposer aux logiques de productivité et tenter de sauver ce qui est encore possible. C’est à Lairoux, une commune agricole de 530 habitants, située dans la vallée de la Lay à une dizaine de kilomètres de Luçon en Vendée (c’est dans ce département que se trouve 60% du Marais) que se situe le point de départ de cette riposte. Dans le milieu des années quatre-vingt, il y avait là un grand marais communal remarquable. Avec la crise laitière et l’apparition des quotas, un certain nombre d’exploitants, ne tirant plus de revenus suffisant de l’élevage laitier, commencent à assécher les parcelles pour les mettre en culture. Yves Le Quellec, enseignant dans le secteur de l’éducation spécialisée, assiste avec plusieurs de ses amis à cette mutation violente qui touche plusieurs communes alentour. Ils ne sont pas les premiers à faire ce constat, d’autres les avaient précédé, mais uniquement dans un cadre départemental et avec une connaissance superficielle des réalités de ce territoire. Au cours de l’année 1988, de réunion en réunion on finit par conclure que le bon niveau d’intervention se situe sur l’ensemble du bassin versant. C’est ainsi qu’est créée en 1989 la Coordination pour la défense du Marais poitevin dont Yves Le Quellec devient le président.

Mais pour Ségolène Royal, la Coordination ne peut-être dans l’immédiat qu’une alliée de circonstance. Toutes les idées qu’elle a en tête, substituer à une agriculture intensive, et assistée, essentiellement céréalière, des production plus diversifiées, moins axées sur l’alimentaire, plus ouverte sur d’autres filières comme celle des biocarburants n’ont en ces années là aucune chance d’être entendue. Elle n’a surtout dans ce monde agricole où la FNSEA et la CNJA exercent leur monopole syndicale aucun allié, et encore moins dans ce Marais plus vendéen que poitevin. En outre si elle reconnaît aux écologistes le mérite d’avoir piquer quelques banderilles, elle reste très critique quant à leur discours qui " mélange sciemment les mots nature, équilibre écologique, ruralité, espèces en voies de disparition, comme si la campagne n’avait pas toujours été une forme d’aménagement et de vie sociale organisée. "

C’est la raison pour laquelle Ségolène Royal reste sur le seul théâtre d’opération où elle a quelque chance de réussir, c’est à dire auprès des élus du Marais de sa circonscription qui en juillet 1989 ont définitivement repoussé l’offre de l’ASF de créer une aire de repos et une réserve naturelle. En 1990, elle prend la présidence de l’Association pour la charte intercommunale du Marais poitevin et soutient une plainte de la Coordination auprès de la Communauté Européenne en réaction à un projet de drainage de plus de cent hectares, plainte qui s’appuie sur certains textes communautaires, notamment les directives " Oiseaux " et " Habitats ". Avec Claude Juin et plusieurs autres maires du Marais, elle continue parallèlement à exiger des compensations aux nuisances produites, selon eux, par le passage de l’autoroute. Ce travail de sape est efficace puisque début juillet, la commission chargée de l’enquête d’utilité publique ouverte en avril, rend un avis défavorable au tracé sud par Coulon et Magné, et, de ce fait, se prononce en faveur du passage de l’autoroute par le nord.

Etrangement dans le camp des opposants on ne pavoise pas, on semble même presque regretter cet avis. Dans un communiqué, l’Association pour la Charte intercommunale (présidée désormais par Ségolène Royal) précise ainsi que les sept communes concernées par le tracé étaient prêtes à faire de cet autoroute un éventuel outil de développement et qu’elles avaient demandé en conséquence d’importantes contreparties relatives à l’environnement mais qu’aucune n’avait obtenu un début de réalisation. Elle en concluait : " Si le Marais est reconnu comme zone d’intérêt européenne digne de protection, il doit obtenir des aides du département, de la région et de l’Europe. " C’est qu’en vérité Ségolène Royal n’a pas réussi à convaincre la majorité des maires de renoncer au tracé par le Marais. Le consensus n’a pu se faire que sur la question du montant des compensations.

En revanche, dans le camp des " Sudistes ", c’est la douche froide. Le président d’ASF déclare à la presse : " On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif ! " Traduction, si les responsables économiques et politiques ne veulent pas de cette autoroute, ils ne l’auront pas. Mais il espère que l’Etat saura prendre la bonne décision, c’est à dire maintenir son projet. D’ailleurs le préfet des Deux-Sèvres, Bernard Coquet, montre bien que l’Etat ne renoncera pas en déclarant qu’" il apportera, après concertation et négociation les aménagements qui s’imposent, de sorte que le conseil d’Etat trouve, outre un avis favorable global, des réponses satisfaisantes pour lever les réserves émises. " Quant à la municipalité de Niort, elle fait comme s’il ne s’était rien passé. " La décision du tracé sud a été retenue, il ne s’agit pas de relancer le débat ", déclare Bernard Bellec qui exige d’ASF plus de transparence, estimant que la future entreprise concessionnaire est responsable de l’avis défavorable de la commission.

Mais Ségolène Royal, même si elle fait cause commune avec la Charte, n’a pas renoncé à sa position initiale. Le 18 juillet, elle prend sa plume et s’adresse directement à Michel Delebarre, le successeur de Maurice Faure depuis le 29 mars dernier. Elle lui demande d’ouvrir le plutôt possible l’enquête publique au nord. Si nous attendons l’avis du Conseil d’Etat, argumente-elle, cela va prendre plusieurs mois encore : " Nous ne pouvons pas courir le risque d’attendre plus d’un an, et nous ne pouvons pas non plus accepter le chantage "si vous n’acceptez pas l’autoroute dans le marais, elle ira chez le voisin " "

L’Etat continue de son côté d’exercer sa pression. Il envoie son directeur des routes, Christian Leyrit, prêter main forte au préfet Coquet. Les élus sont convoqués à la préfecture le 24 juillet. Il est décidé de constituer " un groupe de pilotage ". Cinq thèmes sont retenus : la protection des paysages, le bruit, l’hydraulique, la faune et la flore et la valorisation du Marais. Par ailleurs on apprend que le Conseil d’Etat rendra son avis le 22 octobre 1991. La machine pour le sud est-elle relancée pour autant ? En fait pas mal d’inconnues planent. Que vont dire les instances européennes saisies par les écologistes ? Quelle va-t-être la position du ministre de l’Environnement, Brice Lalonde ? Ségolène Royal affirme à tous ceux qui la voit alors : " On ne fera pas ce projet sud-sud ! "

On prête surtout beaucoup d’influence à la députée des Deux-Sèvres depuis qu’elle a obtenu le label pour " son " Chabichou. Ségolène Royal après avoir " gagné le combat en faveur du Chabichou, va s’employer maintenant à déplacer l’autoroute ", affirme Le Courrier de l’Ouest le 25 juillet. Il est vrai que l’on a été très vite dans ce dossier du fromage de chèvre conique, comme le préconisait Philippe Montazeau. Dès le début de l’année plusieurs réunions de travail à la Chambre d’Agriculture aux Ruralies avec la DDA et des vétérinaires ont permis de fédérer une vingtaine d’éleveurs ainsi que plusieurs laiteries du sud des Deux-Sèvres. Un syndicat a été créé dont Montazeau a pris la présidence. Ségolène Royal s’est empressé ensuite de faire remonter le dossier en priorité à Paris. Le premier rapport favorable de la direction régionale de l’Agriculture est enfin parvenu à la chambre. Avec l’aide de quelques ministres, l’affaire était dans le sac. Le 29 juin le décret relatif à l'appellation d'origine " Chabichou du Poitou " était publié au Journal officiel. Pour la première fois depuis le début de son mandat, Ségolène Royal obtient enfin la juste récompense de ses efforts. Dans quelques jours d’ailleurs on va célébrer à Melle l’événement à la première fête du Chabichou, une idée mise au point par les trois compères Debien, Bellot et Montazeau.

Du côté de la vache parthenaise, on avance également, mais à un rythme moins soutenu. Mais après plusieurs réunions à Paris fin 1989, on vient enfin de décrocher une émission à France 3. Tous les espoirs sont permis, d’autant qu’un nouveau projet, à l’initiative de la profession et du lycée agricole de Melle, est en cours autour de la création d’une station de contrôle individuel des reproducteurs parthenais. Il faut pour cela construire de nouveaux bâtiments. Ségolène Royal a aussitôt proposé ses services. Elle souhaite que l’on monte un groupement d’intérêt scientifique pour obtenir des subventions. C’est Poupinot qui a pris en charge le dossier.

Commentaires

Un projet peut-il surgir d une candidature qui semble savoir prendre ses distances avec les instances nationales du PS?

Je l espère.

Écrit par : Vincedu35 | 19/10/2006

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu