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18/10/2006

Le monde de Ségolène (3ème chapitre - 01)

3 – Une cathédrale de verdure

Mais la Venise Verte, 600 hectares, « une cathédrale de verdure, un ensemble unique et un site exceptionnel », n’est pas tout le Marais. Et en cette fin des années quatre-vingt, là où le Marais, loin d’être à l’abandon, est une terre convoitée, d’autres logiques sont en cours. Les grandes parcelles de culture intensive céréalière en couvrent en effet la plus grande partie. Leurs sols ont été drainés pour améliorer les potentialités agricoles et elles sont irriguées, notamment pendant l’été. D’autres espaces, inondés pendant une longue période à la fin de l’hiver, servent à accueillir les crues. La Sèvre niortaise, principal émissaire des cours d’eau qui traverse le marais, débouche dans la Baie de l’aiguillon. Elle est en quelque sorte « l’épine dorsale » du Marais poitevin qu’elle parcourt de part en part de Niort à l’océan. Elle sert de délimitation entre les départements de la Vendée au nord et de la Charente-Maritime au sud ; le Marais poitevin se trouve ainsi « découpé » entre trois départements – avec les Deux-Sèvres dans sa partie amont niortaise –, et entre deux régions, Pays-de-la-Loire et Poitou-Charentes.
Les agriculteurs sont les principaux acteurs de cet ensemble qui est pour eux essentiellement un outil de production dont la rentabilité est pour une bonne part tributaire de la circulation de l’eau. Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, les logiques de productivité ont poussé à l’extension des surfaces, avec des parcelles d’un seul tenant, et nécessité une réorganisation de l’hydraulique. Plus de 30.000 hectares (sur 60.000) de prairies naturelles ont ainsi disparus au profit des cultures céréalières, blé et maïs. Les moyens utilisés à cet effet ont entraîner de fortes dépenses d’investissement compensées par de nouveaux efforts de productivité, assorties d’aides et de subventions européennes.
Le Marais poitevin ne peut donc pas être caractérisé de manière simple et uniforme que ce soit d’un point de vue agricole, paysager ou administratif. Et le considérer comme une entité à laquelle on puisse attribuer la qualité de zone humide ne relève pas de l’évidence. Autre paradoxe, est que cette terre en grande partie à vocation agricole bénéficie depuis 1979 du statut labellisé de Parc National Régional (PNR). Or, dans les projets initiaux de la DATAR, ces parcs se situaient à proximité des villes pour lesquelles on prévoyait une forte expansion. Ils devaient être des poumons de réserve, constitués pour l’essentiel de massifs forestiers. Mais l’intention des acteurs économiques et politiques locaux qui avaient œuvré à la création du PNR était tout autre. Ils misaient sur le développement touristique de la côte atlantique qu’ils espéraient voir s’étendre jusqu’au Marais. Ces projets touristiques ne devaient cependant pas y remettre en cause l’activité agricole dominante. D’ailleurs dans les années soixante, les principaux objectifs d’aménagements du Marais consistaient avant tout à rattraper le retard pris par cette zone en matière de développement. « Les marais de l’ouest doivent devenir la base démonstrative d’une exploitation rationnelle de l’élevage qui servira d’exemple et de point de départ à la transformation de l’activité agricole dans l’ensemble de cette région », pouvait-on lire ainsi, en 1965, dans un rapport concernant l’économie des Marais de l’ouest. Intention très largement modifié avec l’arrivée et l’extension des cultures céréalières.
La création du PNR ne remet donc pas en cause cette logique de développement. Pour André Forens, le député-maire de Fontenay-le-Comte, une ville de 14.000 habitant du sud de la Vendée située à une vingtaine de kilomètres en bordure du Marais, qui est le principal inspirateur et artisan de ce parc, il s’agit d’abord de développer des installations déjà existantes (une base nautique) au nord de la ville dans la forêt de Mervent et d’élargir ainsi l’offre de loisirs. Ce projet n’est également pas sans arrière pensée politique. Le député-maire pense donner ce Parc en cadeau à ses électeurs et enrayer ainsi la montée du vote de gauche qu’il sent venir dans sa circonscription. Mais André Forens se rend très vite compte qu’il ne peut réaliser seul son projet. Pour être acceptable par les pouvoirs publics, le périmètre du Parc doit être étendu, d’autant plus que la seule zone déjà touristique du Marais (la « Venise verte ») se situe dans un autre département, celui de Deux-Sèvres.
C’est pourtant l’idée d’un Parc d’abord centré sur des espaces forestiers qui continue encore à prédominer. André Forens va donc aller chercher deux alliés régionaux dont les territoires correspondent à ce schéma initial. Il s’agit d’une part du député-maire de Saint-Maixent, Jacques Fouchier, qui dispose d’un espace forestier proche de sa ville, la forêt de l’Hermitain ; et d’autre part du sénateur, président du Conseil général des Deux-Sèvres (après Jacques Fouchier), et ancien maire de Brioux-sur-Boutonne, Georges Treille, concerné lui par la forêt d’Aulnay. La nomination de Jacques Fouchier comme secrétaire d’Etat à l’Agriculture dans le gouvernement Barre en 1978 a d’ailleurs très certainement permis que le projet se concrétise rapidement, puisque la charte du Parc reçoit un avis favorable fin 1978. Début 1979, c’est le syndicat de réalisation et de gestion du parc qui voit le jour.
En fait deux logiques coexistent à la création de ce Parc. La première commence à évoquer ce que l’on appellera plus tard le développement durable. Mais dans d’autres cercles, on pense surtout en terme de production intensive. Le pari du Parc, c’est de faire fonctionner ces deux logiques en même temps. Mais les grands élus qui le dirigent sont trop liés à un monde agricole qui ne pense qu’à terminer le travail d’assèchement. Le projet de Forens s’avère non viable. Ce qu’il pressent d’ailleurs arrive. En 1981, il est battu aux législatives. Dépité, il quitte la présidence du Parc. Après lui le fonctionnement du Parc devient chaotique, illustré par de nombreux conflits entre les élus, les agriculteurs et leur représentants, et les techniciens du Parc. Ainsi les collectivités locales continuent à financer les drainages, mais refusent parfois d’apporter leurs subventions au Parc ; certaines années les crédits manquent pour fonctionner ; de fin 1987 à début 1990 il n’y a même plus de directeur.

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