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17/10/2006

Le monde de Ségolène (2ème chapitre - 06)

Elle est partout à la fois Ségolène Royal. Yves Revert, le localier de La Nouvelle République à Saint-Maixent (c’est son premier poste) reçoit plusieurs fois par semaine des photos d’elle prises par les correspondants. Ils ne savent plus ou tourner de la tête. Elle a toujours quelque chose à dire ; une proposition à faire ; un dossier en cours. Ça ne débouche pas toujours mais au moins les électeurs savent que l’on s’occupe d’eux. Et même quand elle est à Paris, elle ne manque pas une occasion de parler des Deux-Sèvres. Un jour Drapeau lui a dit : "  Elle nous a apporté un œil extérieur. On travaillait " petits bras ", on n’avançait pas. Elle nous a secoué et nous a engagé dans une nouvelle dynamique. Elle a amené du punch, bousculé la politique locale et piqué les fesses des élus. Elle fait un vrai travail de terrain. Elle sait écouter les gens, et elle a aussi un vrai pouvoir d’indignation. Ce qui est également impressionnant chez elle, c’est sa capacité de travail et de synthèse. " Et jamais une sollicitation ou un coup de fil à Niort ou à Poitiers pour protester contre un article qui ne lui est pas entièrement favorable. Yves Revert ne pourrait pas en dire autant de tous les élus locaux. Il en est de même de ses rapports avec ses amis. On a douté de sa loyauté envers le maire de Melle. Jean Bellot a remis les pendules à l’heure : " On lui reproche ses méthodes de travail. De tout vouloir contrôler. Contrôler et déléguer ne sont pas incompatibles. Je travaille avec elle. Pour ma part je n’ai rien à lui reprocher. Elle est exigeante, c’est tout. Quant à la rumeur qui voudrait qu’elle me succède, je ne peux évidemment pas empêcher les mauvaises langues de dire n’importe quoi. " En privé, Bellot concède qu’elle en fait parfois beaucoup trop à son goût, qu’elle se complait un peu trop souvent dans un rôle d’assistante sociale, mais s’empresse-t-il d’ajouter, tous les élus font la même chose. Sauf lui, oublie-t-il de préciser, car Jean Bellot est un cas à part, une espèce rare.

Un an déjà. Elle n’a pas chômé. Elle a enfin pris la mesure de ces trois pays aux identités bien distinctes qui forment sa circonscription : le Mellois qui a sa préférence ; le Marais poitevin dont elle a eu la révélation grâce à l’autoroute ; le Saint-Maixentais, enfin, mais qu’elle connaît encore mal. Chaque semaine ou presque, quand elle n’est pas à Paris, elle ne peut que constater l’inaction dont font preuve les pouvoirs locaux. Ah, si elle avait le quart des moyens dont ils disposent. Car depuis 1981, ils n’en manquent pas mais " les comportements n’ont toujours pas suivi. Elus, chambres consulaires et socioprofessionnels ont renforcé leur autorité sans être d’avantage redevables à l’intérêt général. " L’argent, elle, elle doit aller le chercher, l’arracher même. Ce n’est déjà pas facile avec ses amis, qu’en sera-t-il le jour où la droite reviendra aux affaires ?

De toute façon elle est bien décidée à ne pas en rester là. Que peut une députée même combative et obstinée contre ces " féodalités locales qu’ont renforcées les excès de la décentralisation. " Bientôt, elle ira porter au sein de ses assemblées assoupies, la nécessaire contradiction d’une députée qui n’a plus envie " d’entendre parler des campagnes comme d’un boulet qu’il faudrait traîner ".

Mais dans l’immédiat, elle fonce, et s’active avec les maigres moyens qu’on lui a chichement accordés, sans trop se préoccuper de ce qui se passe dans ces assemblées. C’est comme ça que l’hiver dernier elle a à peine prêté attention au changement intervenu à la tête de la région. C’est un certain Jean-Pierre Raffarin (le fils d’un ancien sous-ministre de Mendès-France) qui a été choisi après la démission de Louis Fruchard, le président élu en 1986, un réactionnaire notoire de la Gâtine, un " chouan " comme ils disent ici. Depuis le nouveau président de région a commencé à faire parler de lui. D’une certaine façon, il est un peu comme elle, question de génération. Toujours un projet en cours, affichant de grosses ambitions pour la région, et de l’abattage. Elle le voit surtout comme un beau parleur. Ainsi, la presse a rapporté qu’il a été présenté récemment les fromages de chèvre de la région à New York. Au Portugal, il y a tout juste quelques jours, on l’a vu aussi promouvoir, avec des présidents de régions d’Europe de la façade atlantique, plusieurs projets interrégionaux dont " la réalisation d'infrastructures de transports et de communications, la promotion de grands projets industriels et portuaires, la mise en valeur du potentiel touristique, la protection de l'environnement, le maintien des marchés financiers de la façade atlantique et leur consolidation par la mise en réseau des centres d'expertise financiers… " Et pendant qu’il pérore, Montazeau attend toujours qu’on lui donne un coup de pousse pour son Chabichou.

Avec Raffarin, la forme a changé, c’est indéniable. Il a très bien compris que les discours larmoyants sur la ruralité ne passaient plus. Mais au fond, qu’est-ce que cela change ? Au Parc, les directeurs se succèdent, les subventions rentrent au compte-goutte, et personne ne s’entend sur la politique à mener. Pour preuve, le conseil d’administration, où siège la région, n’a toujours pas pris position sur l’autoroute. Pour agir, et vite, il lui faut donc des appuis. L’Association pour la charte intercommunale du Marais poitevin dont Claude Moinard est le président, et qui réunit l’ensemble des maires des communes de la zone deux-sévrienne du Marais, peut être un vrai lieu d’élaboration d’une riposte, même si elle sait que beaucoup d’élus du Marais voient plutôt d’un bon œil l’arrivée de cette autoroute. Il y a aussi cette autre initiative de Moinard qui vient de constituer une autre association " pour la promotion de l’Aire autoroutière principale de la Venise verte ". Son ambition, faire de cette aire, un outil de promotion pour le tourisme local. Ça lui rappelle un autre projet dont la presse s’était fait l’écho en début d’année. Un projet complètement fou de marina du côté d’Arçais, de Damyix et de Saint-Hilaire-la-Palud, où il était question de creuser un lac de 400 hectares, et de bâtir cinq hôtels, deux ports de plaisance, des piscines et des tennis. On avait parlé de " Maraisland ". L’initiative était certes vouée à l’échec – son promoteur n’avait heureusement aucun soutien – mais pour Ségolène Royal c’était un symptôme inquiétant d’un état d’esprit qui était de plus en plus présent dans les têtes. Les gens disaient : " Soyons lucides. Le Marais vit ses dernières heures. Beaucoup trop de parcelles sont en friches ; envahies par les mauvaises herbes ; les fossés ne sont plus entretenus ; des peupliers mettent 40 ans à pousser au lieu de 25 ; il y a aussi de plus en plus de terres où les loyers ne rentrent plus ; dans certaines parties du Marais la moitié de la population a disparue ; on voit de plus en plus de maisons en ruines ; les usines ferment… "

Il fallait arrêter cet engrenage. Sans nier la réalité (elle en connaissait déjà assez sur le Marais pour savoir que ce que l’on disait n’était pas totalement faux), il lui semblait quand même possible, si on en avait la volonté, d’inverser la tendance. D’autant que s’il y avait bien toujours des départs dans ces zones rurales, on constatait depuis quelques années aussi des arrivées dans les campagnes proches d’agglomérations importantes. Les communes environnantes de Niort n’échappaient à ce phénomène ; tôt ou tard le Marais aussi serait touché. Ce qui n’était pas forcément un bien car cette rurbanisation des anciennes terres agricoles s’accompagnaient trop souvent d’une destruction de l’ancien environnement. Avec l’installation de ces nouveaux ruraux, les communes voyaient aussi leurs charges augmenter, alors que leurs ressources diminuaient à cause de la disparition des agriculteurs et des petites activités artisanales et industrielles.

Mais d’autres voies étaient certainement possibles. Le Marais offrait justement un terrain propice à des expériences, moins traumatisantes, plus soucieuses de l’environnement et du patrimoine car le développement sans maîtrise de zones d’activités et de lotissement était incompatible avec la sauvegarde de cette terre. Elle sait bien qu’elle ne sera pas immédiatement suivie, mais " se réinventer des racines, un coin de terre, un lieu paisible, voilà une grand cause à laquelle " elle y croit.

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