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16/10/2006

Le monde de Ségolène (2ème chapitre - 05)

Depuis quelques temps Ségolène Royal a entrepris d’étudier les doléances des éleveurs caprins et des producteurs de fromages de chèvre. Le 14 juillet, elle s’est faite ainsi l’ambassadrice des fromages de chèvre à la Garden Party de l’Elysée. Plus sérieusement, elle a rencontré les responsables de la filière qui lui ont parlé de leur intention d’obtenir un AOC pour l’un de leurs produits, le Chabichou, un petit fromage obtenu avec du caillé frais, moulé dans un moule tronconique aux dimensions spécifiques, affiné au minimum 10 jours, après démoulage et salage. Elle leur a dit qu’elle trouvait l’idée excellente. Toute la filière est derrière elle. Elle a vu Philippe Montazeau, le principal artisan de cette opération. C’est l’ancien directeur des laiteries de Chail, dans les Deux-Sèvres (à quelques kilomètres de Melle) et de Saint-Saviol dans la Vienne. Lui même est originaire de Melle. Son dossier est vraiment bien ficelé. L’homme est passionné et malin avec ça. En réalité - mais il lui a dit de ne rien en dire - ce fromage est plutôt typique de la Vienne, du nord surtout, de Loudun, Saint-Loup, alors, sur le papier, il a arbitrairement élargi la zone de fabrication au Deux-Sèvres. Depuis (ils ont commencé à étudier le dossier en 1987) les producteurs locaux s’y sont mis. Il a aussi établi une histoire bien documentée du Chabichou. C’est une obligation pour avoir l’AOC. Le produit doit justifier une origine d’au moins cent ans. Philippe Montazeau n’a quand même pas poussé le bouchon jusqu’à faire remonter tout ça à l’an 732, date de la fameuse bataille de Poitiers (plus précisément à Moussais-la-Bataille, et plutôt en 733) quand Charles Martel battit les troupes sarrasines dirigées par Abd al-Rahman ibn Abd Allah Al-Rhafiqi, le gouverneur d’Andalousie. Car, c’est un fait, que certaines chroniques peu sourcilleuses il est vrai de vérité historique, raconte qu’à l’issue de cette bataille, certains membres de l’intendance sarrasine se seraient éparpillés dans la région, puis installés avec leurs familles et leurs troupeaux de chèvres (" Chebli " en arabe). D’où le nom de Chabichou. Evidemment, tout ceci n’est qu’une légende, puisque la chèvre était déjà domestiquée et consommée dans la région dès le néolithique ancien. Quant au passage de " Chebli " en Chabichou, cela relève de la plus haute fantaisie puisqu’en arabe, chèvre se dit " mâ’iz " ou " a’nuz ". Il n’empêche que l’origine assez ancienne du Chabichou a pu être établie. S’il est mentionné pour la première fois dans un écrit en 1732, c’est surtout au 19ème siècle, à partir de 1864-1867, qu’il commence à être répertorié comme dans le Glossaire du patois poitevin de Charles-Claude Lalanne où il est écrit que ce petit fromage est appelé aussi fromage de Montbernage, un faubourg de Poitiers, ou bien dans le Grand Dictionnaire de Littré.

Le problème que soulève désormais Montazeau est décisif. Le dossier a été déposé à l’INAO (Institut national des appellations d'origine), branche fromagère. L’AOC peut être obtenue facilement par un accord entre le ministère de l’Agriculture et la profession. C’est encore une réglementation purement française. Mais en 1990 on va passer à une législation européenne. Plusieurs parlementaires ont été contacté mais ils n’ont pas donné suite. Ségolène Royal a compris. La balle est dans son camp. En décembre, elle réunit les principaux acteurs de la filière avec les directeurs régional et départemental de l’Agriculture et des représentants du ministère.

Finalement Ségolène Royal s’est laissé convaincre par ses amis. C’est à Melle qu’elle ira. Bellot lui a fait une petite place sur sa liste aux municipales de mars. Une élection sans danger, l’opposition a décidé de ne pas se présenter. De ce point d’observation elle pourra tester ce que ses amis ont dans le ventre. Elle les a au moins rassuré ; elle siègera ; c’est ici qu’elle agira avec le plus d’efficacité. Hors de question par contre de considérer cette élection comme " une mise en orbite " pour préparer la succession de Jean Bellot en 1995. Si un jour l’envie lui prend de diriger une ville, elle devra viser plus haut. A Niort, peut-être, bien qu’elle se soit engagé par écrit auprès de Bellec de ne jamais se présenter contre lui. Les échos qu’elle a d’ailleurs de la préparation des municipales à Niort laissent dans l’immédiat peu de place à de telles supputations. Mais la personnalité du maire l’a intrigué. C’est un inquiet. La preuve cette lettre qu’il lui a fait signer. Il la voit donc déjà comme une rivale possible. Qu’il n’ait pas apprécié sa position sur l’A83 se comprend aisément, mais avait-elle le choix ? Bellec est responsable d’une ville, il lui faut bien admettre qu’elle a à défendre aussi les intérêts de sa circonscription. Quant à la scission qui s’est opérée dans le conseil municipal, c’est à lui de résoudre ce problème. On lui a rapporté qu’il a déjà pris les devant en proposant à l’une des filles de René Gaillard d’être sur la liste. Pourquoi pas ? Mais c’est encore une de ses bizarreries de la politique locale dont elle était loin de soupçonner l’importance. Ça fait quand même trois ans que Bellec a succédé à Gaillard. Elle comprend aisément que ça doit lui être pesant et agaçant d’avoir toujours à être comparé à l’ancien maire.

Elle n’a d’ailleurs pas toujours bien compris ce que veut " Réussir Niort " ; ces dissidents sont tous des gens de la génération Gaillard. Maurice Grolleau, le directeur d’école, est au PS, ou il y était encore il y a peu, Jacques Laroche, l’avocat, vient des radicaux, et Roger Sicaire a été communiste. Drôle d’attelage, mais qui donne une assez bonne idée de l’état de la gauche niortaise. Il fallait la poigne et le doigté de Gaillard pour tenir tout ça en laisse, lui a-t-on dit. En somme, Bellec ne serait pas tout à fait l’homme de la situation, mais ce n’est pas à elle de juger. Cette querelle de succession à retardement, Drapeau a eu une expression pour ça : " Niort, c’est la querelle des sunnites et des chiites ; des disciples et des enfants du prophète. "

A Niort, ça ne c’est pas trop mal passé pour Bellec. Sa liste d’union a recueilli 47,84 % des suffrages. Avec " Réussir Niort " qui a fait un bon score (16,39 %), ça fait quand même 64% au total pour la gauche. Il n’empêche qu’il n’obtient pas la majorité sous son nom. C’est peut-être un maire intelligent, bosseur et entreprenant, mais il a bien du mal à se faire admettre. Elle n’a pas eu, elle, ces désagréments. Elue sans opposition à Melle. Tous ceux de son camp qui se présentaient ont eu le même succès : Drapeau a été élu maire d’Azay-le-Brûlé, et Misbert à Vallens. Et comme prévu Grégoire est repassé à Saint-Martin-les-Melle, ainsi que Marché, son suppléant, à Lezay. Elle va pouvoir les faire bosser. Elle a des projets. Ils en ont également. Ils vont s’entendre.

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