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15/10/2006

Le monde de Ségolène (2ème chapitre - 04)

Entre temps, elle a enfin pu obtenir de Paris les renseignements qu’elle cherchait à propos de l’A83. Ce qu’elle craignait est arrivé : ils ont retenu le tracé sud, par Magné et Coulon. Elle choisit cependant de se taire. Finalement c’est Maurice Faure qui l’annonce le 22 septembre au cours d’une conférence de presse. On apprend par la même occasion que le projet inclue la construction d’une rocade à deux voies par l’est et le nord et que son financement se fera dans le cadre du Contrat de plan Etat-Région.

L’un des inspirateurs du tracé sud-sud, c’est Michel Denieul , président des Autoroutes du sud de la France (ASF), la société concessionnaire pressentie pour gérer l’autoroute. Son projet consiste à construire un viaduc enterré à la surface du marais, de manière à laisser l'eau circuler librement sous le ruban autoroutier. La dimension touristique du lieu est également pris en compte. Il est ainsi prévu d’aménager une aire de repos de soixante-dix hectares, avec station-service, et boutiques dissimulées derrière des remblais, ainsi que des embarcadères pour les promenades en barque. Michel Denieul offre en outre, pour preuve de sa bonne foi, d'acheter cent trente hectares autour du tracé et de les rétrocéder gratuitement au PNR afin d'y créer une réserve naturelle.

Les réactions se multiplient, amères et résignées chez les Nordistes comme celle de Jean Béguier pour la CCI : " l’irréparable va s’accomplir " ; combatives chez les écologistes de l’Association qui préparent pour le 28 septembre une " opération escargot ". Bernard Bellec, soulagé, fait une déclaration à contretemps : " Le Marais est en grand danger ", explique-t-il, il a beaucoup à craindre de l’égoïsme de ceux qui veulent en profiter pour leur confort personnel. " En clair, l’intérêt général veut que l’autoroute passe dans le Marais, et c’est ce qui le sauvera. Guérir le mal par le mal ? Maurice Faure le dit plus explicitement encore : " la mise en valeur du Marais se fera à partir de l’autoroute ". Le préfet Jézéquel, qui a présidé le groupe de travail mis en place par Méhaignerie, lui fait échos : " l’autoroute, c’est une chance pour le Marais ". Et Maurice Moinard, qui préside l’Association pour la charte intercommunal du Marais, conclut : " rien ne peut s’opposer au passage de l’autoroute ! " Et Ségolène Royal ? Elle ne dit rien. A quoi bon en rajouter, pense-t-elle. D’ailleurs la présentation, début octobre, du calendrier des travaux  par le préfet Jézéquel (fin 1989, avant projet avec étude d’impact ; début 1990, enquête publique ; fin 1990, déclaration d’utilité publique ; premiers mois de 1991, début des travaux ; 1994, fin des travaux) semble siffler la fin de la récréation

Que faire ? Ségolène Royal en juillet n’avait pas exclu ce cas de figure : " …Si, contre toute attente c’était le tracé sud qui était retenu, il faut que l’on nous accorde des surcompensations. " Si elle a bien entendu les écologistes, elle n’est pas devenue, loin de là, une adepte de la deep ecology. Transformer le Marais en réserve, elle n’y pense même pas. " Ne fétichisons pas les espaces : à force de les survaloriser, on le fige ; n’isolons pas les terres rurales d’un problème général d’aménagement ; sauver les campagnes, c’est aussi sauver les villes… On critique souvent l’Etat, mais c’est de lui, et lui seul, que peut venir la volonté et les moyens de maîtriser le mouvement. " Or l’Etat, en l’occurrence, s’il a bien décidé seul (encore qu’elle ne soit pas certaine qu’il ait pu subir quelques pressions) n’a toujours rien proposé de substantiel en terme de compensations. Une aire de repos, des boutiques et une réserve ! De qui se moque-t-on. Le Marais, c’est la leçon qu’elle a retenu des écologistes, a un rôle hydraulique majeur qui doit être préservé. Mais c’est aussi un lieu de vie. Ses potentialités de développement doivent être restaurer. On ne peut pas rester sans rien faire. Ou bien on laisse s’y développer, sans retenue (c’est déjà le cas dans une bonne partie du Marais, en Vendée et en Charente-Maritime) une agriculture extensive qui détruit les paysages traditionnels. Ou bien, au contraire, " on laisse à l’abandon la terre, (et) elle se dégrade et se transforme en friche ". Reste le tourisme ou la diffusion du périurbain, la " rurbanisation " (heureusement on y échappe encore ici), une spirale qui peut conduire aux pires excès. Toutes ses variantes sont précisément en cours dans le Marais. C’est ce que le débat autour de l’autoroute a révélé. Il ne faut pas y succomber. Ce sont " des solutions mixtes, pluralistes  " qu’il faut trouver.

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