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14/10/2006

Le monde de Ségolène (2ème chapitre - 03)

Ségolène Royal m’a convoqué. Elle veut savoir ce que l’on peut faire pour la race parthenaise. " L’ingénieur agronome Jean-Pierre Poupinot a pensé aussitôt : " Elle prépare les prochaines élections, elle cherche à se faire connaître par des actions symboliques. " Si elle s’adresse à lui c’est qu’il est responsable de l’Etablissement départemental de l’élevage (EDE) qu’il a créé en 1966, et l’un des principaux artisans de la renaissance de cette race bovine rustique.

En 1988, la parthenaise commence tout juste à remonter la pente : 8.000 têtes tout au plus. Pour une race qui a compté jusqu’à 1,1 million d’unités à la fin du 19ème siècle, c’est une misère. Même dans la région on a fini par l’oublier cette vache élégante à la robe fauve rougeâtre ou froment, au dessous du ventre gris perle, et dont le contour des oreilles, des muqueuses, des sabots et le bout de la queue sont noirs. Le déclin a commencé quand les tracteurs sont arrivés ; les bœufs, très puissants, étaient utilisés pour les travaux de force. Cette vache donnait aussi un lait très riche en matière grasse qui servait à la fabrication à Surgères et à Echiré du beurre des Charentes au goût de noisette caractéristique. Mais elle était moins productive que la Normande ou la Pis noir (deux races qui donnent en outre un lait avec moins de matière grasse). Ajouté à cela les grandes épidémies comme celle de fièvre aphteuse en 1952, et s’en était fait de l’une des plus anciennes races française. En 1965 il ne restait plus que douze éleveurs inscrit au Herd Book, le livre généalogique de la race. On s’est mis alors au mouton, à la chèvre, au porc et aux hybrides par croisement avec des Charolais. En 1980 on ne comptait plus que 7.850 têtes de race pure Parthenaise.

Qui a soufflé l’idée à Ségolène Royal ? Jean-Pierre Poupinot n’en est pas sûr mais il a idée qu’un des frères Parnaudeau, Yves, celui qui est en GAEC à la Touche-Cochin doit être dans le coup. Ségolène Royal chassant en Gâtine, berceau de la race, hors de ses terres donc, dans une circonscription réputée pour élire très majoritairement des élus de droite, sauf à Vasles dont le maire divers gauche est justement Gilles Parnaudeau, ça limite déjà considérablement l’intérêt électoral de l’opération. Les raisons qui poussent cependant Ségolène Royal à intervenir sont peut-être à chercher ailleurs. C’est que la race parthenaise a été en quelque sorte une victime de cette révolution agricole productiviste des années soixante et soixante-dix. Or dans cette fin des années quatre-vingt, on commence à comprendre que d’autres choix orientés vers la qualité sont possibles. Ségolène Royal en a là, à sa porte, une parfaite illustration.

A l’origine de cette renaissance, il y a eu une poignée d’irréductibles comme la famille Bonnanfant, au lieu dit Les Ecarlatières à quelques kilomètres de Mazière-en-Gâtine, éleveurs de Parthenaises de père en fils. Le lait ne rapportant plus assez, ils réorientent leur élevage vers la production de viande. C’est que cette race offre des caractéristiques intéressantes pour ce type de production. C’est d’abord une viande de bonne qualité bouchère, avec peu de gras. Elle permet surtout un fort rendement de viande nette commercialisable dû à l’ossature fine de son squelette.

C’est en 1967 que Jean-Pierre Poupinot reçoit pour mission de remettre en activité la race. Il va à Saint-Symphorien à la coopérative d’élevage et d’insémination artificielle. Avec son directeur, il fait le tour de la question. Des essais sont faits. Les éleveurs souhaitent privilégier la viande rouge que l’on obtient qu’avec des veaux de 24 à 30 mois. Or la tradition locale était tout autre. Parce que l’on avait besoin de lait pour alimenter les laiteries et la production de beurre, on pratiquait un sevrage brutal du veau au bout de quelques semaines. Après un an de contrôle de croissance, démonstration est faite que la technique de sevrage est mauvaise. Le veau maigrit, et au bout d’un an il n’a toujours pas retrouvé son poids du début. Trois ans après, au lieu d’avoir des bœufs de quatre ans, on a des animaux qui ont encore la conformation d’animaux de trois ans. C’était un an de croissance perdu. Phénomène identique pour les femelles. On décide donc de rompre avec cette tradition – les veaux sont menés jusqu’à 30 mois –, et on décide d’effectuer un contrôle en grand. La moitié du cheptel y est finalement soumis. Au début le veau maigrit toujours, mais à la fin il a retrouvé son poids normal. On se retrouve ainsi avec de très bons veaux de conformation bouchère qui font d’excellentes carcasses, ce qui est tout bénéfice pour les éleveurs et les bouchers.

Avant son rendez-vous avec la députée, Jean-Pierre Poupinot convient avec l’EDE que c’est sur la question de la valorisation de la viande qu’il est possible de faire quelque chose. Puis il se rend à la mairie de Melle. Mais Ségolène Royal a déjà son idée. " Il faut que l’on crée un label ", lui dit-elle. Jean-Pierre Poupinot n’est pas surpris. Le label est à la mode, il a le vent en poupe à Bruxelles. Il entreprend alors de lui expliquer que l’opération est vouée à un échec certain parce que l’effectif de la race est insuffisant. Selon la réglementation en vigueur, un boucher qui commercialise de la viande labellisée ne peut vendre que ça en viande bovine. Ça permet d’éviter la fraude et surtout d’écouler tout le cheptel labellisé. Mais avec 8.000 parthenaises il y a à peine de quoi approvisionner un boucher. Par comparaison la viande limousine dispose d’un cheptel de 500.000 têtes. Poupinot propose donc de commencer par la certification d’origine, puis de passer ensuite par l’étape d’une marque commerciale. " Non, pas question, lui dit Ségolène Royal, vous allez mettre en œuvre le processus, et puis faites tout ce qu’il est nécessaire pour augmenter les effectifs. "

L’initiative de la députée est largement soutenue par les éleveurs. On décide donc malgré tout de poursuivre. Didier Poireau, le technicien qui accompagne Poupinot entreprend de monter le dossier. Premier objectif, trouver un boucher qui accepte de jouer le jeu, l’Unité de production et de sélection de la race (L’UPRA) ne peut en effet agir qu’à la condition qu’un boucher accepte de commercialiser cette viande. L’affaire suit son cours. Mais pour Ségolène Royal, il ne fait aucun doute qu’on a voulu freiner son action. Des " lobbies sont intervenus pour ralentir mes démarches. " Elle pense surtout aux professionnels de la profession qui ont choisi dès la fin des années cinquante de privilégier le développement de la production végétale plutôt qu’animale. Il n’empêche, grâce à son obstination, les éleveurs de vaches parthenaises auront bientôt leur label.

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