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13/10/2006

Le monde de Ségolène (2ème chapitre - 02)

Pour Ségolène Royal ce dossier était un piège. Son propre camp était divisé sur la question. Il y avait surtout la position du maire de Niort qui tenait à ce que l’autoroute passe au sud. Prendre parti en pleine campagne, c’était donc prendre un très gros risque. D’autant plus que son adversaire, Pierre Billard, vice-président du conseil général (où il présidait la commission " Routes "), et qui avait fait des routes et du désenclavement du pays l’un des axes de sa campagne, était en première ligne des partisans du nord.

A quelques jours du second tour, avisée, Ségolène Royal s’était donc contenté de protester contre le secret qui entourait les délibérations du groupe de travail. Une fois élue, elle avait attendue encore plus d’un mois pour se déterminer. Les arguments des Niortais étaient parfaitement recevables, du moins sur le plan économique. Restait l’épineuse question du Marais. Faire passer une autoroute là où il offrait le plus de caractères et d’intérêt touristique, ne pouvait pas ne pas poser de problèmes. D’ailleurs l’Equipement, pourtant favorable à ce tracé, avait très justement noté qu’il pouvait causer de gros préjudices à la flore et à la faune. Plus généralement il reconnaissait trois contraintes à cette arrivée sur Niort : le Marais ; l’urbanisation de l’agglomération niortaise ; et la vallée de la Sèvre avec ses méandres, ses affluents et ses coteaux souvent urbanisés.

C’est Claude Juin qui l’avait finalement amené à reconsidérer sa position : " Le bon sens sur le plan économique c’est la Crèche, lui avait-il dit en substance, à l’est de Niort, là où est l’échangeur. Des pressions ont été très certainement exercé sur le directeur des routes à l’Equipement pour que le tracé passe au sud. Peut-être du côté de Guichard et de Chaban puisqu’ il s’agit d’abord de relier les Pays-de-la-Loire à l’Aquitaine. C’est la plus mauvaises des solutions. Quant aux maires du Marais, ils font un pari qui ne tient pas la route. Ce tracé va défigurer une partie de la Venise verte. Il s’illusionnent en outre sur l’apport en terme d’emplois et de touristes que pourrait amener cette infrastructure. "

Puis il lui avait fait rencontré un groupe d’écologistes de Magné qui avaient créé une Association contre l’autoroute dans le Marais poitevin. En décembre 1987 ils avaient réuni 400 personnes à Magné. C’était pour la plupart des habitants de Magné ou des communes avoisinantes ; beaucoup travaillaient à Niort, comme une majorité de Magnésiens. Elle les avait écouté attentivement : " Le Marais est un site original et unique en France, il sera complètement dénaturé par le passage de l’autoroute. Ici, c'est un marais mouillé, sans intérêt pour l'agriculture. Par contre, c'est un bouillon de micro-organismes, donc une réserve alimentaire pour les animaux. On ne peut sérieusement détruire un début de chaîne comme celui-ci. En outre, le franchissement des très nombreux canaux, conches, fossés est délicat car les sols sont compressibles et l'emploi de buses métalliques est inadapté comte tenu de leur oxydation très rapide dans ce milieu " Ils avaient mis aussi en évidence les nuisances qui résulteraient du passage de cette autoroute : bruit, pollution, horizon bouché, réseau hydraulique perturbé. L'autoroute créerait enfin une barrière artificielle, difficilement franchissable par les riverains, et exclurait du Marais la commune de Magné.

Ils lui avaient aussi ouvert les yeux sur le problème plus général du Marais poitevin. Cet ancien golfe du littoral atlantique comblé par les sédiments et le travail des hommes depuis plusieurs siècles constituait un vaste espace d’environ 90.000 hectares qui s’étendait à l’intérieur des terres jusqu’aux portes de Niort. Cette zone humide, la deuxième de France après la Camargue, était mise en péril depuis des décennies par une agriculture extensive, céréalière surtout, qui exigeait que l’on assèche de plus en plus de terres. Le paradoxe, c’était que l’organisme sensé assurer la gestion de cet ensemble, le Parc naturel régional (PNR), ne semblait pas trop se préoccuper ni du passage de l’autoroute et encore moins des dégâts provoqués par l’agriculture céréalière qui avait asséché quelques 30.000 hectares de prairies naturelles au cours des quinze dernières années. D’ailleurs le Parc, théoriquement soutenu par les élus des quatre-vingt-dix communes, des trois départements (Vendée, de la Charente-Maritime et des Deux-Sèvres) et des deux régions (Poitou-Charentes et Pays-de-la-Loire), ne tenait encore debout que grâce à la bonne volonté des techniciens qui y travaillaient.

C’est donc amplement informée que Ségolène Royal rallie le camp du nord même si elle n’est pas dupe des préoccupations environnementales du conseil général. Evidemment, ici ou là, on ne va pas manquer pas de l’accuser d’opportunisme. Drôle d’arithmétique électorale que de se mettre à dos les édiles de Niort et une bonne partie des élus du Marais, toute ça pour une poignée de votes écologistes. En vérité sa position est dans la droite ligne de ce qu’elle n’a cessé de dénoncer pendant sa campagne, surtout à la fin, quand elle a commencé à prendre conscience des problèmes dans lesquels la population locale se débattait. Selon elle, les élus locaux, les chambres consulaires, et certaines catégories de socioprofessionnels, obnubilés par des schémas de développement dépassés, négligent l’exploitation de certaines ressources comme le tourisme rural ou de filières à valeur ajoutée comme l’agroalimentaire. Les rencontres qu’elle a faite, au cours de ses pérégrinations, la persistance ici d’une vie rurale encore vivace, l’ont convaincu que son mandat de député doit être désormais consacré à la mise en valeur des potentialités de cette espace rural que l’inertie et l’indifférence des responsables locaux a laissé en jachère. L’enjeu du tracé de l’autoroute est aussi là. Elle n’est de toute façon pas décidé à rester là les bras croisés à attendre la décision du ministre. Alors elle va à la pêche aux infos. Depuis quelques jours elle fait le siège de Maurice Faure, un vieil ami du Président, qui occupe désormais le poste de Méhaignerie à l’Equipement.

Commentaires

Tout ça, c'est des querelles de clocher ; ce qui est sùr c'est que la taxe Foncière n'a augmenté que de 00% cette année en Charente Poitou alors qu'en Ile de France ( président JP Huchon également socialiste ! ) , l'augmentation est de 19%. Seulement Ségolène , elle , n'est pas poursuivie devant le Tribunal Correctionnel !Salutations d'un ex-electeur de gauche .

Écrit par : jean marie | 13/10/2006

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