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10/10/2006

Le monde de Ségolène (1er chapitre - 05)

Rarement la salle municipale du Tapis Vert à Melle n’a accueilli autant de participants. Ils sont plus d’une centaine qui se poussent du coude, enseignants, agriculteurs, éleveurs, syndicalistes, fonctionnaires, tous venus voir celle dont une rumeur assure qu’elle est « la fille de Tonton ». On n’y croit pas, mais la plaisanterie amuse, même si on n’apprécie pas l’arbitraire présidentiel. Mais là encore, on en fait beaucoup pour se donner de l’importance. Les premiers concernés, ceux qui s’étaient engagé auprès de Jean-Paul Jean, ont déjà tourné la page. Justement Ségolène et l’ancien candidat ont mis au point une tactique pour parer les coups de sondes qui ne vont pas manquer. La phrase clé qu’elle prononcera, celle qui doit lui ouvrir les portes sinon les cœurs du pays est : « François Mitterrand m’a demandé de venir me présenter… ». Un vrai gimmick. Elle arrive, une rose à la main, précédé de Jean Bellot. Le maire de Melle sort de la poche de sa veste son mot de bienvenue écrit sur un petit bristol. Il connaît son monde. Il ne le prend pas à rebrousse poil, et ne cache pas à l’intéressée le désappointement des militants. Mais qu’à cela ne tienne, on respectera, assure-t-il, le désir du Président, parce qu’ici, on lui est fidèle. Les esprits sont à peine calmés. C’est à elle.
Ségolène s’en tient à ce qui a été prévu. Elle parle de l’attachement du Charentais François Mitterrand à ce territoire ; elle explique qu’en l’envoyant ici, il s’est soucié aussi de promouvoir une femme ; qu’une fois élue, elle fera tout pour sa circonscription. Son charme, sa jeunesse, son culot aussi, les séduit. Les plus sourcilleux tentent de la déstabiliser en lui demandant si elle est bien membre du parti. Elle confirme. Quand on l’apostrophe en patois, son sourire désarmant met les rieurs de son côté. Oui, elle apprendra. Son adversaire, qu’elle ne connaît pas, dont elle ne sait rien, saura très vite ce qu’est une missionnaire de la République. Le ton est donné. Ce volontarisme qui ne s’embarrasse de rien, qui dit refuser les situations acquises, cette énergie plaisent aux plus septiques. On finit par l’applaudir.
Le petit noyau de départ s’agrandit de nouveaux apports. L’ancien suppléant de Jean-Pierre Marché, Joseph Joubert, qui était déjà à la préfecture, est désigné comme trésorier. Normal, c’est Jean-Pierre Marché qui paye. Apparemment Ségolène Royal est venue sans argent. Ce qui n’empêchera pas la rumeur de la doter de fonds secrets. On fait surtout « payer » au maire de Lezay sa désignation comme suppléant, ce qui est diversement apprécié. Jean-Paul Jean, désormais directeur de campagne, qui ne l’aime pas, lui a même demandé d’éviter de prendre la parole en public. Joseph Joubert, est non seulement l’adjoint de Marché, il est aussi directeur de la maison de retraite de Lezay. Occasionnellement il servira également de chauffeur comme Claude Jorigné et bien d’autres encore. Il y aussi un petit nouveau, Joël Misbert, un jeune éducateur spécialisé qui est conseiller municipal à Vallans depuis 1983. C’est Gérard Fournier, le maire de Frontenay-Rohan-Rohan, un ancien gendarme, qui l’a invité à rejoindre le staff de campagne de la candidate socialiste.
La jeunesse de Ségolène, sa séduction, sa détermination vont conquérir l’équipe. Ils ont le même âge, et font pour la plupart leurs premiers pas en politique. On met rapidement en place la tactique de quadrillage de la circonscription. On visitera toutes les communes. C’est une campagne à l’ancienne que l’on va mener mais avec un équipe de jeunes loups déterminés. Ségolène, totalement disponible, est le chef de bande.

Son adversaire ne s’attend certainement pas à un tel assaut. Pierre Billard pense peut-être un moment obtenir, grâce à cette élection, son bâton de maréchal. A 66 ans, il a déjà beaucoup donné à la collectivité. Homme du centre, son modèle c’est Pierre Abelin, l’ancien maire de Châtellerault, le ministre de Giscard, élu de la région depuis 1945, celui qui avait été bousculé par Edith Cresson en 1975. Chef d’entreprise (il a repris et développé la petite entreprise familiale), Pierre Billard cumule de multiples responsabilités : maire de Celles-sur-Belle, président du syndicat mixte du Pays mellois, vice-président du conseil général, vice-président du conseil régional. C’est un créateur d’emplois. Son obsession, le désenclavement du pays. Au conseil général il préside la commission « Routes ».
Sa candidature, il ne l’a pas sollicitée. On lui a offerte. Il le mérite. Lui, le catholique (il a fait ses premières armes à la JOC aux côtés de Jean Bellot) en pays protestant, a été élu la première fois au conseiller municipal en 1965 et est devenu maire en 1971. Qu’importe si le canton vote à 70% pour la gauche lors des législatives et des présidentielles. Dans sa ville, on lui fait confiance. Son bilan parle pour lui.
Son camp avait-il d’autre choix ? Avant de désigner Billard on a pensé à Colette Lision, ancienne maire de Bessines qui est présentement conseillère générale du canton de Frontenay-Rohan-Rohan. En fait, à droite, la relève se fait attendre. Mais il faut un suppléant à Pierre Billard. On pense alors à Jacques Morisset. Il est jeune mais sans expérience. C’est le fils d’Edmond Morisset un conseiller général décédé accidentellement en 1974. Polytechnicien (promotion 1962) il a travaillé pendant plus de dix ans comme ingénieur dans l’armement. Au décès de son père il a repris l’exploitation familiale qu’il a agrandi en 1981 en rachetant une grande ferme de 140 hectares en bordure du Marais et qu’il gère désormais en Groupement Agricole d'Exploitation en Commun (GAEC) avec deux associés. Il est en train de réparer sa faucheuse quand le téléphone sonne. Au bout du fil Pierre Billard lui explique qu’il se présente à la députation ; il lui demande s’il veut bien l’aider. Morisset hésite. Catholique pratiquant, il se demande bien ce qu’il va aller dire aux électeurs du Mellois. Billard lui demande de rappeler George Treille. Le président du conseil général lui apprend qu’il a été choisi comme suppléant de Pierre Billard. Le ticket est bancal, mais la droite n’a pas d’autres ressources.

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