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08/10/2006

Le monde de Ségolène (1er chapitre - 03)

- " Nous arrivons à Niort, madame ! "

La voiture quitte l’autoroute. Le chauffeur lui explique qu’il y a encore six à sept minutes de route pour arriver au centre-ville. Elle range soigneusement ses dossiers. Dire qu’elle n’a même pas eu le temps d’emporter des exemplaires de son livre. Il faudra qu’elle téléphone à son éditeur pour en faire parvenir aux libraires de la région. Ce sera bon pour son image.

Niort, enfin. Elle vérifie si elle était toujours dans les temps. Les rues sont pratiquement vides. On arrive sur une grande place bordée de hauts platanes. Il y a un manège et quelques baraques foraines. En face, un cinéma et des cafés. Les samedi soirs ne sont pas agités. La voiture s’engage à droite. C’est une rue commerçante ; quelques passants. Le chauffeur ralentit à la vue d’une esplanade où trône une halle de marché. En arrière on peut voir la masse blanchâtre d’un château fort. La voiture tourne à gauche. Le rue remonte légèrement. La jeune femme voit aussitôt l’imposant bâtiment qui leur fait face. Tout est clos. Mais ce n’est que l’hôtel de ville. Puis la voiture bifurque de nouveau à droite dans une rue en pente, très étroite. Cette fois-ci, pas d’erreur ; les grilles en fer forgé avec leurs dorures, la préfecture. Le portail est grand ouvert. Il y a de la lumière. Un homme vint à leur rencontre.
- " Thierry Lataste, secrétaire général de la préfecture. Avez vous fait bon voyage, madame Royal ; veuillez me suivre,  vos amis vous attendent."

Thierry Lataste a eu le feu vert du préfet. " Arrangez moi cette affaire au mieux, mais que la presse n’en sache rien. Tout ceci n’est pas exactement conforme à nos usages républicains. Mais ce n’est quand même pas un crime. Ah, j’oubliais, transmettez à Madame Royal ce dossier que je lui ai fait préparé, elle en aura bien besoin ", lui a-t-il dit. Michel Hervé, qui est un ami, l’a briffé. Avec André Pineau ils ont réussi à convaincre Jean-Pierre Marché de retirer sa candidature en contrepartie de quoi il obtiendrait le poste de suppléant. Il aurait ainsi, lui a-t-on fait comprendre, plus de chances de devenir député en étant suppléant d'une future ministre que de se battre contre elle. En revanche, avec Jean-Paul Jean, la négociation est au point mort. " J’ai très bien compris que je dois me retirer, a-t-il précisé à Hervé, mais tu comprendras aisément dans quelle situation je me retrouve. J’attends surtout une explication de la part de Ségolène, et pour le moins une compensation. "

Les présentations faites, Michel Hervé fait le point de la situation. Pour mettre tout le monde devant ses responsabilités, il va jusqu’à évoquer également la candidature de Camille Lemberton, surtout pour bien montrer qu’il y a là, dans l’immédiat, quatre candidatures à gauche contre une seule à droite, évidemment si l’on ne trouve pas un arrangement. Pour Ségolène Royal c’est apparemment une découverte. " Il faut joindre immédiatement le maire de Saint-Maixent ", exige-t-elle. Hervé, qui a pratiqué Camille, sait pertinemment qu’il n’acceptera jamais une telle proposition. Il entreprend de convaincre Ségolène Royal qu’il est inutile d’insister. Elle finit par se rendre à son avis. On passe alors au principal : Jean-Paul Jean. Brièvement ce dernier explique sa position. Ses amis lui demandent de maintenir sa candidature. Lui même est convaincu qu’il peut l’emporter, mais puisque le Président souhaite qu’il en soit fait autrement, il est prêt à se retirer. Pour ce qui concerne la proposition que Mermaz lui a faite de devenir le suppléant de Ségolène, il l’a décline. Il estime en effet avoir assez donné. Ces conditions ? Il a engagé personnellement des frais importants dans cette campagne, et il s’est mis en disponibilité de son poste de magistrat. Il souhaite seulement qu’on lui trouve quelque chose pour rebondir.

Michel Hervé s’engage alors à trouver une solution à son problème. Dans l’après midi, il a pu joindre Claude Evin qui doit venir à Parthenay demain dimanche. Celui-ci lui a proposé un poste de conseiller au ministère de la Santé. Jean accepte l’idée. L’hypothèque Jean levée, on aborde enfin la question du suppléant. Michel Hervé fait sa proposition d’adjoindre à la candidature de Ségolène, celle de Jean-Pierre Marché. Il explique son choix par l’apport important de voix que cela représente, mais aussi par la personnalité du maire de Lezay qui est aussi conseiller général. Accord conclu.

Ségolène Royal et Jean-Paul Jean se sont retirés dans une pièce voisine. " Maintenant il faut gagner, mais je dois t’avouer que je ne connais rien aux Deux-Sèvres, lui dit-elle. Tout c’est décidé très vite. Je vais avoir donc besoin de toi et de ton équipe. Accepterais-tu d’être mon directeur de campagne ? " Jean est un peu soufflé de son culot. Elle ne l’a même pas remercié pour son geste. Il a bien envie de la faire patienter quelques jours, mais en même temps ça l’intéresse de voir comment tout ça va se goupiller. Surtout il ne peut pas laisser comme ça tous ceux qui lui ont fait confiance. Et puis ça ne nuira pas à sa carrière. Finalement il lui dit qu’il accepte sa proposition. De retour avec le groupe, il se concerte quelques instants avec Jean Bellot. Ils conviennent de fixer pour mardi 24 une grande réunion de présentation de la candidate à Melle. Puis Ségolène Royal règle la caution avec les 1.000 francs empruntés à Alain Richard avant son départ. A 23 h, tout est terminé, elle peut reprendre la route.

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